On a rencontré la jeune chanteuse Pomme et sa folk acidulée

Pomme, jeune chanteuse et compositrice française, a sorti son premier EP en janvier dernier. Des textes touchants, des mélodies résolument folk… Un talent à suivre de très près.

A 19 ans, Pomme est haute comme trois granny smith mais possède déjà l’aura des plus grandes. Sorti en janvier dernier chez Polydor, son premier EP « En Cavale » s’impose comme une brise fraîche dans le paysage musical français. D’une voix aussi douce qu’acidulée, Pomme nous invite au voyage.

FocuSur a rencontré la jeune lyonnaise fraîchement installée à Paris. Entre leçons de vie et triomphe sur scène, ce qui est sûr, c’est que Pomme n’est pas un oiseau de passage !

Pomme | Lucie Sassiat ©
Pomme | Lucie Sassiat ©

Tu as commencé les concerts à Lyon à 15 ans. Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans la musique ? 

Pomme : Avant de faire des concerts dans des bars, je me filmais avec ma webcam en chantant des morceaux que j’écrivais, et j’uploadais les vidéos sur Youtube. Le projet aurait pu mourir dans l’œuf au bout de quelques mois, mais mon entourage m’a poussée à le concrétiser. Au fond de moi j’en avais très envie, j’attendais juste d’être dans de bonnes conditions pour me lancer.

Tu as un univers très particulier, à mi-chemin entre folk et country. Où as-tu puisé cette inspiration et comment définirais-tu ta musique ?

P : J’ai trouvé le terme exact, c’est de la chanson française inspirée ! En fait j’ai deux influences majeures : la chanson française, depuis Léo Ferré jusqu’à Camélia Jordana, et la folk alternative, la country.

Mais il y a aussi une petite veine de pop. Quand j’ai commencé à jouer, c’était la mode entre Lady Gaga, Lily Allen, Rihanna… Ce n’est pas ce que je préfère mais je ne peux pas nier que ce genre m’ait influencée.

Tu as fait beaucoup de premières parties : Vianney, Angus & Julia Stone, Yael Naïm, Pierre Lapointe… Le public était-il suffisamment réceptif à ta musique ?

P : Honnêtement, à chaque fois que je fais une première partie je me demande si je vais me faire huer ! Avant d’entrer sur scène j’imagine toujours le pire. Parfois que n’étais même pas annoncée. Pourtant ça s’est toujours très bien passé. Avec Pierre Lapointe c’était hyper cohérent puisque nos deux styles se rejoignent. Bien sûr, j’ai eu des expériences avec moins d’écoute, mais globalement il y a toujours une ou deux chansons où personne ne parle. C’est une énorme opportunité de pouvoir toucher tant de monde.

Bourlinguer à droite à gauche, ça ne t’empêche pas de poursuivre tes études ?

P : Si. Jusqu’au mois de janvier j’ai été plus ou moins assidue, je pouvais encore dire que j’étais étudiante. Mais j’ai participé au Chantier des Francofolies de La Rochelle qui offre des stages de coaching aux jeunes artistes, et je me suis rendue compte de tout ce que j’avais à travailler. Je suis retournée en cours le lundi d’après et j’ai passé ma journée à passer des coups de fils et envoyer des mails à la BU.

Je ne pouvais plus assumer les deux, alors j’ai dû faire un choix.  Ca me pendait au nez depuis longtemps. Certaines choses sont physiquement impossibles : j’étais tout le temps crevée alors qu’à mon âge, on est censé enchaîner les nuits blanches. J’ai choisi de me concentrer sur ma musique, c’est largement assez prenant pour occuper mes journées.

Pour l’écriture des paroles, de quoi t’inspires-tu ? Pourquoi ce choix de chanter en français ?

P : Je m’inspire d’histoires que je vis en les romançant un peu. Il y a une part de fabulation. J’ai commencé à écrire en anglais vers 14 ou 15 ans. Je n’avais pas grand-chose à raconter, je me cachais derrière cette langue pour ne pas tout livrer.

Le jour où j’ai commencé à avoir du vécu et des choses à dire qui pouvaient être formulées sans être ridicules, j’ai pu écrire en français. C’est ma langue, elle est riche et offre beaucoup de possibilités. J’suis pas Dupe est une des premières chansons que j’ai écrites en français, il y a 2 ans et demi. Ma maison de disques m’a encouragée dans cette voie, c’est quelque chose qui demande à être préservé.

Mais je n’écris pas tous mes textes. Il n’y a pas de règle, soit je contacte des auteurs-compositeurs, soit mon manager pioche dans son carnet d’adresses pour trouver des gens avec qui ça collerait bien. Je mise sur l’humain en les rencontrant autour d’un café, pour voir si le feeling passe. C’est très intéressant de voir ce que les autres m’écrivent après m’avoir m’avoir sondée. Ca me permet de progresser dans ma propre écriture.

Que penses-tu des artistes francophones qui choisissent de chanter en anglais ?

P: Si j’étais arrivée avec un album en anglais, ça n’aurait pas forcément été légitime, ni crédible. Mais j’aurais adoré, dans une autre vie j’aurais écrit un album de folk anglaise ! J’admire beaucoup les  français qui défendent un projet en anglais, il faut avoir du courage.

Un rituel particulier avant de monter sur scène ?

P: C’est peut-être invisible mais je suis très angoissée ! Du coup je fabrique des potions : je rassemble mes huiles essentielles préférées dans une huile neutre que je m’applique sur les poignets et au creux du cou. Certaines odeurs me rassurent. Sinon j’ai mes colliers amérindiens. Je me persuade qu’il ne peut rien m’arriver quand je les porte ! (rires). Je fais aussi des exercices de respiration pour la relaxation et la détente du corps. Je ne peux pas monter sur scène sans ça.

Tes clips semblent raconter une histoire qui se suit. Quel est le concept ? 

P: On n’a réfléchi à rien, il n’y a pas de scénario ! Chaque chanson a son mini-clip pour l’imager, sans aucune prétention. Ca n’a pas la vocation de scotcher les gens, c’est plutôt pour qu’ils aient accès à ma musique gratuitement. Ce sont des cartes de visite.

L’amour déçu et la solitude sont un thème récurrent dans tes morceaux. Ca part d’une expérience vécue ?

P : Oui. J’ai vécu dans une famille nombreuse pendant les 18 premières années de ma vie, puis brusquement, à cause de la musique, je me suis retrouvée seule. J’habite seule à Paris, en concert je suis seule à l’hôtel…

Toutes mes amies ont eu cette relation de lycée qui t’engage pour 3 ans. Moi je n’ai jamais eu les conditions pour vivre ce fameux premier amour qui te fait découvrir la vie. Dès la première j’ai tout le temps été sur les routes, et quelque part c’était un choix de ne pas vivre ma scolarité normalement. Je ne peux pas m’en plaindre, c’est juste la conséquence du chemin que j’ai pris. Je pense qu’à un moment j’ai eu besoin de l’exprimer parce que ça fait partie de mon quotidien. Ce n’est pas triste, c’est juste la réalité, et j’apprends beaucoup en étant seule.

Quels sont les artistes qui t’inspirent, et avec qui tu aimerais collaborer? 

P : First Aid Kit, deux sœurs suédoises qui font de la folk, c’est mon groupe préféré. J’adorerais les rencontrer et construire un morceau à trois voix. Dans une autre époque, je suis fan de Joan Baez que j’ai vue en concert aux Nuits de Fourvière. J’adore les femmes qui ont des voix particulières.

Sinon j’écoute des artistes qui n’ont pas forcément de voix mais qui ont des textes fous. J’adorerais collaborer avec Pierre Lapointe. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un doté d’une telle sensibilité mêlée de je-m’en-foutisme absolu. Il ya aussi James Bale, un artiste anglais aussi jeune que talentueux qui fait de la pop un peu hybride… C’est impossible de citer tout le monde, j’ai l’impression de commettre un crime car j’oublie tellement de gens !

Si tu ne devais écouter qu’un seul album pour le restant de tes jours, lequel choisirais-tu ?

P : Ce serait un vinyle de Barbara, La Fleur d’Amour où il y a la chanson La Solitude. Mais n’importe quel vinyle de Barbara où il y a 12 de ses chansons ferait très bien l’affaire !

Tu parles souvent de cette notion de « famille musicale » (Anouk Aïata, Matthieu Saikaly…). C’est important d’être entouré dans le monde de la musique ?

P: Au travail comme dans la vie, je marche à l’affect. J’ai besoin de savoir que des gens me soutiennent et de leur donner de l’affection en retour. En arrivant à Paris, je me suis créé une famille musicale, composée de ceux qui m’ont écrit des chansons, et qui sont plus tard devenus des amis.

Sans ça, je détesterais Paris et j’arrêterais tout ! Je reste quand même assez jeune et j’ai besoin d’être guidée, de savoir que si je tombe, ils ne seront pas là juste par intérêt. Je sais qu’il y en a dans ce cas. Mais si la personne a juste envie de mettre une de ses chansons dans mon répertoire, ça se voit vite. Tous ces artistes, Laurent Lamarca, Anouk Aïata, Matthieu, AuDen, ils sont là pour ce que je suis et je sais que je peux compter sur eux.

Tu as sorti ton premier EP, En Cavale, le 1er janvier dernier. A quand l’album ?

P: J’écris  de plus en plus de chansons. Je n’ai pas envie de les laisser de côté pour prendre celles des autres. Je veux participer à mon projet quitte à prendre deux ou trois mois de plus. On espère sortir l’album en novembre 2016 dans l’idéal, ou tout début janvier 2017. Un an c’est presque court pour développer quelque chose.

Je sais que certains ont déjà envie d’écouter ce disque, mais j’aimerais que de nouvelles personnes découvrent le projet. Je ne suis pas une rock-star, je n’ai pas les moyens de faire attendre ceux qui sont déjà là sans rien leur donner à se mettre sous la dent. C’est pour ça que j’essaie d’être généreuse sur les réseaux sociaux, ça aide à patienter.

Tu as un style vestimentaire reconnaissable entre mille. Quel est ton approche de la mode ?

P: Je m’habille beaucoup dans les friperies. Comme j’écoute beaucoup de country, j’aime les fringues qui vont avec, années 60 ou 70, un peu hippie. Sinon j’ai fait une razzia sur Urban Outfitters, j’adore le fait de remettre la mode d’avant au goût du jour. Je collabore aussi avec une créatrice anglaise qui m’a découvert sur Instagram. Elle m’envoie ses créations que je porte sur scène ou pendant des shootings pour l’aider à développer sa marque.

Si un jour j’en ai les moyens, j’espère porter uniquement des vêtements de créateurs ou des habits qui ont déjà vécu. Ca m’ennuie de plus en plus d’acheter dans des grandes chaînes, quand on voit où et comment leurs articles sont fabriqués…

L’Amérique et ses grandes plaines est un thème qui imprègne tes morceaux. Un road trip aux USA, ça te plairait ?

P : C’est carrément mon rêve ! Sauf que je n’a pas mon permis. J’ai envie de visiter en priorité tous les pays avec d’immenses terres arides, l’Australie, le Canada, l’Amérique du Sud… Parfois j’ai des pulsions de voyage, je me dis « Qu’est-ce que tu fous encore ici ? ». Après il y a la question financière, mais je pense qu’en prenant une caravane, quitte à abandonner son petit confort, on arrive à rentrer dans ses frais.

Un mot sur tes projets futurs ?

P: Plein  de projets ! Je vais enregistrer à Berlin en avril. Après je commence les festivals et je repars au Québec. Je travaille aussi le violoncelle. J’accompagne Ycare sur certains concerts à Paris, il la gentillesse de me laisser jouer et faire les chœurs. C’est quelque chose que j’aimerais développer : ça ne sera jamais du temps perdu !

Retrouvez Pomme sur sa page Facebook et sa chaîne Youtube.

Pomme | Lucie Sassiat ©
Pomme | Lucie Sassiat ©

Les prochaines dates en France : 

  • 02 avril, Festival Pas des Poissons à Annonay
  • 06 avril, Carré Bellefeuille, Boulogne Billancourt
  • 13 avril, Les Etoiles (1ère partie de Lola Marsh), Paris
  • 06 mai, Festival Alors Chante ! , Montauban
  • 11 mai, Point Ephémère, Paris
  • 12 mai, Arena, Brest
  • 14 mai, Zenith de Caen
  • 19 mai, Zenith de Paris
  • 25 mai, Le Pax, Saint Etienne
  • 14 juillet, Festival Francofolies de la Rochelle

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