Le coup de gueule du jour : La région offre 400 000 euros pour organiser Tomorrowland

Alors que chaque année des dizaines de festivals français disparaissent, fautes de subventions

Tomorrowland Alpe d'huez winter 2019
Tomorrowland Alpe d’huez winter 2019
Photo d’archives festival Tomorrowland USA 2015

Les médias locaux et la région s’extasient depuis quelques jours. Le festival Tomorrowland, le Walt Disney du festival électro, débarque pour la première fois en France en 2019, dans la station de l’Alpe d’Huez, comme nous vous l’annoncions dès vendredi dernier. Mais à quel prix ?

C’est avec de l’amertume que j’écris ces quelques mots, à l’encontre du Président de la Région Rhône-Alpes Auvergne. Depuis l’arrivée de Laurent Wauquiez, successeur de Jean-Jacques Queyranne, un peu plus d’un millier d’emplois ont été supprimés dans les associations, tous secteurs confondus, suite à une baisse des subventions régionales.

Culture française, tu meurs !

A tel point qu’un collectif, Vent d’Assos, regroupant une centaine d’associations, a été crée, afin de protester contre les nouvelles mesures prises par le Conseil de Région. Des associations pour le droit de la femme, en faveur de l’insertion, de l’aide aux plus démunis, des associations de quartiers où encore des associations culturelles, ont mis la clé sous la porte, car leurs subventions ont été coupées !

« Cette manifestation unique à l’échelle internationale s’inscrira dans les priorités de la politique culturelle régionale et renforcera l’attractivité de la région pour la première édition hivernale de Tomorrowland, s’est félicité Laurent Wauquiez. Pour cette raison, la Région a tenu à être le premier financeur public. »

Tomorrowland en quelques chiffres hallucinants

Mais quelle ne fut pas ma stupeur lorsque j’ai appris, ce vendredi, via un communiqué publié par la Région, que 400 000 euros allaient être débloqués pour pouvoir organiser la venue du festival Tomorrowland à l’Alpe d’Huez en 2019. Tomorrowland, c’est cette machine de guerre géante, ce porte-avion du festival EDM, invitant chaque année les artistes EDM les plus en vues, de David Guetta à DJ Snake. Tomorrowland accueille chaque été 400 000 festivaliers à Bloom en Belgique, la ville où le festoche est née. 1 000 artistes se produisent sur 45 hectares. La particularité du festival réside dans le gigantisme des scènes et le prix du pass extrêmement élevé pour un festival électro. Si l’évent ne devrait accueillir « que » 30 000 festivaliers pour sa première édition hexagonale, on annonce déjà  deux pass pour lesquels il faudra débourser entre 685 euros et 825 euros, comme l’explique Lyon Capitale. Des chiffres hallucinants, diamétralement opposés aux contraintes budgétaires que rencontrent les petites associations locales.

Laurent Wauquiez, comme on a pu le lire dans les colonnes du Petit Bulletin, rêvait depuis longtemps d’un festival à forte portée médiatique dans la région. La commune de l’Alpe d’Huez ayant proposé à Tomorrowland de venir poser ses valises l’espace de quelques jours dans la station de sports d’hiver branchée de l’Isère, Laurent Wauquiez a tout fait pour que le projet se fasse, en offrant 400 000 euros de subventions. Or, on a également appris que l’extension américaine de Tomorrowland a été en grande partie financée par des fonds privés, notamment par le biais d’une joint-venture avec SFX, une société américaine de divertissement. Et non par des fonds publics.

Chaque année, des centaines de festivals disparaissent

Les festivals font parti, avec le spectacle vivant et la création artistique, des premiers concernés par les baisses de budget. A titre indicatif, pour la seule année 2015, la liste des festivals annulés ou supprimés s’étalait à 215 cas, dans toute la France  Nous avions même consacré un article à ce sujet, en dénonçant la baisse drastique des fonds délivrés aux festivals culturels. Une cartocrise avait même fait son apparition sur le net, intitulée « Culture française, tu te meurs«.

Bon nombre de festivals, qui n’avaient besoin de que dizaines de milliers d’euros pour exister, ont du mettre la clé sous la porte, mettant également au chômage des employés, et contribuant à la décadence de la culture française.

Une baisse des subventions publiques de l’Etat à la Culture, qui chiffrerait à 11 milliards d’euros de 2015 à 2017, pour les exécutifs locaux.

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