L’influence orientale et sud américaine dans la culture urbaine

Impossible de ne pas remarquer que, depuis quelque temps, une brise venue du Sud souffle sur notre culture occidentale. On la retrouve dans la nourriture mais aussi dans la musique, jusqu’à rafler une partie de la programmation de grands festivals techno/électro.

Partons des incontournables kebabs. Si il était avant de mise de finir une soirée bien arrosée par un kebab acheté à la va-vite dans une enseigne à l’hygiène parfois douteuse du coin de la rue (véritable rituel pour certains), désormais se faire un kebab est devenu une véritable expérience food.

On y va comme on irait tester le nouveau resto « cool » et on pourrait même parler parfois de kebab gastro tant certains se veulent soignés, utilisant des produits frais, locaux à l’image du nouveaux restaurant lyonnais La Fabrik, où des kebabs revisités sont servis par des cuistots en haut de forme dans un décors industriel. C’est finalement de cela dont il est question : la mise en valeur d’une certaine mixité culturelle dans notre urbanisme actuel.

Effectivement, la question kebab a largement dépassé le cadre culinaire initial et est devenue le vecteur voir même le centre d’un débat bien plus global et qui toucherait même l’Europe entière. En effet, notre petit kebab a 5€ a finit par faire l’objet d’une conférence la semaine dernière, intitulée « Kebab, sauce européenne » proposée par le forum European Lab dans le cadre du festival lyonnais Nuits Sonores.

Les intervenants ont démontré que le kebab faisait désormais véritablement partie du patrimoine européen de la street food : chez nous on l’appelle grec, les hollandais parlent de kapsalon et nos voisins allemands de doner mais peu importe l’appellation, il est présent partout. Et c’est à la fois étonnant et plaisant de voir que quelque chose d’aussi anodin qu’un kebab de fin de soirée puisse finalement revêtir un aspect politique et être vu comme un symbole du cosmopolitisme européen, symbole de mixité devenu facteur d’unité européenne.

 

Credits : site European Lab / Conférence Kebab à la Sauce Européenne
Credits : site European Lab / Conférence Kebab à la Sauce Européenne

Nuits Sonores ont également su mettre en lumière toute la beauté du multiculturalisme au travers de leur programmation, résolument transnationale tant au niveau des artistes que des genres musicaux. Parce que les festivals urbains ne sont pas seulement le temple de la musique techno et industrielle, ils peuvent aussi être le lieu d’expression d’une musique transversale, plurielle, mêlant des sonorités électroniques, afro, orientales, tribales, chamaniques etc, bref, un mélange qui arrive comme une bouffée d’oxygène et invite à un voyage culturel qui ne laisse pas indifférent. On a essayé de vous concocter un panel non exhaustif de cette programmation réfléchie qui nous a vraiment fait kiffer.

C’est indéniable, cette programmation 2018 est venue cristalliser l’attirance de plus en plus évidente de la scène occidentale pour les sonorités et musiques traditionnelles arabes. Un nombre grandissant d’artistes, Acid Arab en tête de file, utilisent ces sonorités, ces instruments traditionnels orientaux et les revisitent à la sauce électronique, pour le plus grand plaisir des oreilles. On a encore en tête le live mémorable qu’avait livré Omar Souleyman l’année dernière et c’est dans cet esprit que l’on a été scotché par la performance du collectif Ammar 808 & The Maghreb United, composé de Sofyann Ben Youssef, aka AMMAR 808, accompagné par la voix du tunisien Cheb Hassen Tej, du musicien gnaoui Mehdi Nassouli et du célèbre chanteur algérien Sofian Saidi qui nous ont fait vivre une expérience aussi rythmée qu’intense et qui a sans doute comblé tous les adeptes de musiques du genre.

Les Filles de Illighadad – Credit site Nuits Sonores

Mais il y avait aussi d’autres représentants de cette ferveur orientale comme le groupe Ifriqiyya Electrique, dont les membres sont venus présenter un live emprunt de musiques rituelles, hypnotiques, issu de leur immersion pendant 3 ans dans le désert tunisien de Djerid. Dans un registre un peu différent, il y avait aussi les filles de Illighadad, du label Sahel Sounds, le label de Chris Kirkley, un occidental plus que féru de culture orientale qui a d’ailleurs réalisé le seul et unique film « Tuareg acid western », Zerzura, tourné dans le Sahara. Les voix envoûtantes des filles, posées sur des percussions et rythmes touaregs nous on vraiment fait voyager.

Et les adeptes de sonorités afro/tribales n’étaient pas en reste non plus ! On a eu droit à une mise en bouche énergique lors de la Nuit 1 avec le groupe Tschegue, véritable révélation de 2017, qui a livré une performance live afropunk grisante. Nuits Sonores et le Periscope pour le Circuit ont ensuite accueilli le label israélien Malka Tuti, dont les artistes Katzale & Asaf, Die Orangen et J.A.K.A.M & The Ritual Forces ont pris les commandes du festival et l’ont fait vibrer avec des sonorités rythmées, des percussions créant une ambiance vraiment chaleureuse. L’une des révélations des Nuits, sans aucun doute.

Le groupe Tshegue – Credits: site Nuits Sonores

Egalement, pour la dernière nuit, un hall entier du Marché gare a été investi par des artistes venus tout droit d’Amérique du Sud dont le producteur argentin Pedro Canale (Chancha Via Circuito) et Los Wembler’s de Iquitos qui ont démontré que cumbia et musique électronique faisaient très bon ménage.

Los Wembler’s de Iquitos / Pérou Credits site Nuits Sonores

Finalement, le fil conducteur de cette programmation originale semble être le pont ainsi construit entre tradition et modernité, tant au niveau des sonorités que des artistes, et qui apporte une dimension supplémentaire à la huitaine. Désormais, on ne vient plus seulement pour écouter les derniers sons des artistes techno/house que l’on connaît mais aussi pour s’octroyer une part de ce voyage sonore à travers les continents et les époques. Et c’est cela aussi, cette authenticité, qui nous permet à nous, festivaliers, de s’aérer l’esprit, de s’évader le temps d’une soirée, et c’est peut-être finalement cela que l’on attend d’un tel festival.

 

 

 

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