Les DJ techno sont-ils les nouveaux prêtres de l’ère moderne ?

Depuis l’aube du 21ème siècle, les églises se vident, délestées par les jeunes et les moins jeunes d’entre nous, à mesure que les clubs se remplissent.

Samedi 1er avril, 18H, Mannheim, en Allemagne. Comme une fois par an, un samedi d’avril, des bus entiers se garent en rang d’oignons sur un parking à proximité de la ville, à la frontière française. Le Maimarkthalle, immense complexe dédié à l’événementiel, va faire sold out ce soir. Et pour cause. Quelques uns des meilleurs DJ de la planète techno tels que Richie Hawtin ou encore Sven Vath, vont se relayer aux platines jusqu’à 14h le lendemain. Des milliers de jeunes, et de moins jeunes, affluent de toute l’Europe pour écouter la bonne parole, délectée avec des paires de CDJ et des TR409 en guise d’ostie et de chapelet. A la fin, Garnier, Hawtin, Dixon et beaucoup d’autres se sont rejoints sur la même scène, comme pour communier une dernière fois avec le public.

Se coucher trop tard le samedi soir pour aller à la messe le dimanche !

Car, en vue des préoccupations des nouvelles générations, force est de constater que les églises sont désertes, en France. Les clubs, eux, sont pleins. Pire, les jeunes sont prêts à se déplacer à travers toute l’Europe pour aller en festival plutôt que d’aller aux JMJ ou à la messe le dimanche. Il y a vingt ans, écouter de la techno suffisait à rendre un être humain totalement marginal aux yeux des individus bien pensants de notre société. Mais, aujourd’hui, ce mouvement, toujours indépendant, fait remplir de plus en plus nos clubs, qui veulent se mettre à la page. Les DJ ont remplacé les prêtres. La foule est amassée devant l’autel, comme lors d’un Concile œcuménique, attendant, comme un seul homme, la bonne parole, diffusée à travers des kilos de sons.

Entre sortir jusqu’à 6H le samedi et aller à la messe le dimanche matin, les jeunes ont fait un choix ! Au fur et à mesure que les gens se détournent de la religion, ils se tournent vers la musique électronique. Mais mettre en parallèle ces deux faits a-t-il vraiment un sens ? Ces deux mouvements ne sont-ils pas compatibles ?

Le gros fail de Dax J en Tunisie

Qu’en est-il du message religieux dans la musique ? Dans les années 1990, certains DJ passaient en rave un remix trance plutôt dégueu d’Habeus Papam, un discours prononcé par Jean Paul 2. Plus pour le fun que pour la philosophie.

Mais l’actualité nous montre que religions et musiques électroniques ne font pas toujours bon ménage. Dans un climat latent de tensions religieuses à l’échelle mondiale, Dax J, un des DJ techno les plus en vue de la planète, a malencontreusement mixé un track samplé d’un appel à la prière d’un muezzin, samedi 1er avril, alors qu’il jouait à l’Orbit Festival, en Tunisie. La musique orientale remixée, à l’image de Mehmet Aslan, Omar Souleyman ou encore King Ghazi fait de nombreux émules à l’heure actuelle.

Mais Dax J ne s’était pas renseigné sur l’origine du track. Au bout de quelques minutes, l’allemand a commencé à se faire huer. Il a du quitter la scène, et rentrer en Allemagne. Le directeur du club a quant à lui, été immédiatement remercié. Ce lundi, Dax J a du clôturer ses comptes Facebook et Instagram à cause des menaces de mort qu’il a reçu. On ne plaisante pas avec la religion.

La techno rassemble les peuples

La laïcité est un thème récurrent de la campagne présidentielle en France. Il n’en est pas moins un thème récurrent dans les milieux underground et la musique techno. En effet, depuis plus de 30 ans, des raves aux teufs organisées dans d’immenses salles, chacun est égal devant le soundsytem. Certains festivals, comme le Fusion ou le Burning Man, prônent la tolérance et le partage. Des totems, symboles religieux, sont brandis par des milliers de festivaliers, prêt à crier Amen après chaque kick.

Telle est la première règle. Alors que tu te faisais encore tej des boites les plus sélect’, parce que tu es noir, trop vieux, trop jeune, ou que tu n’arbores pas le dress code que l’on t’impose, la techno réunit chacun d’entre nous, passionné de la fête, sans se soucier des critères physiques ou sociaux. Le message prêché par la religion n’est-il pas similaire ? Les religions clament l’amour de ton prochain, le respect des autres communautés. Aimez vous les uns les autres. Respecte ton prochain, tels sont les phrases entendues à tour de bras dans les lieux de culte.

Certains sociologues se sont penchés sur les similarités entre teufs, rituels chamaniques, et les prémices des religions. Ils comparent ainsi les premières réunions entre chrétiens, au 1er siècle de notre ère, avec les rave party organisées au nez et à la barbe des autorités, des soirées pendant lesquelles la plupart des gens ne connaissaient pas en avance qui allait être aux platines, si la musique allait leur plaire. Mais leur objectif était de vivre un moment de partage unique, de se sentir exister dans une société basés sur du vent. Les protestants n’étaient-ils pas également chassés en France, tels des malpropres, à la fin du Moyen-Age ?

Quand religion et musique techno sont étroitements liées

Certains DJ, considérés comme des papas de la house de Chicago tels que Kerri Chandler, Farley Jackmaster Funk, ou encore Boo Williams sont de fervents pratiquants. Cela se ressent dans leurs productions. D’autres comme DJ Pierre, parrain de l’acid, ou Robert Hood, ont un message très spirituel dans leur musique. On peut les comparer à des prêcheurs. Les DJ ont un objectif de rassembler et de délivrer un message positif. Recondite, Dj techno berlinois, est connu pour vivre dans un lieu reculé, loin des gens, tel un chaman. Green Velvet a utilisé des samples de prêcheurs blacks américains dans ses tracks.

La track Hallelujah Anyway parle ouvertement de religion :

Récemment, une teuf a eu lieu à Metz, dans une église, avec l’accord de la municipalité et du diocèse de Lorraine. Un article à lire sur focuSur.

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