On a rencontré Charlotte de Witte, nouvelle icône de la techno belge

Charlotte de Witte nous a accordé une interview dans le cadre du Kolorz Festival, le 21 & 22 juillet prochain.

Charlotte de Witte Photo Hans Huylebroeck
Charlotte de Witte
Photo Hans Huylebroeck

Charlotte de Witte est une DJ et produtrice extrêmement talentueuse de Gand, en Belgique. Du haut de ses 25 ans elle dégage une énergie sombre qui lui ont ouvert les portes des meilleurs festivals, comme Dour, Awakenings ou l’ADE. Charlotte de Witte, c’est l’esprit rave des années 90 inspiré par son enfance en Belgique. Celle qui créait une série de mixtapes dans sa chambre à l’âge de 16 ans, veut maintenant se tailler une place parmi les plus grands. Mais, si Charlotte distille sa techno agressive et sombre dans les clubs des quatre coins du monde chaque week-end, elle est encore résidente du KNTXT au Fuse à Bruxelles. J’ai eu la chance de poser quelques questions à Charlotte dans le cadre du Festival Kolorz, le 22 juillet, festival dans lequel elle sera l’une des têtes d’affiche.

  1. On te dit simple et accessible, as-tu l’impression d’avoir changé depuis que tu mixes aux 4 coins du monde ?

Pas vraiment pour être honnête. Je pense qu’exercer la profession de DJ m’a même rapproché des gens à bien des égards. Je suis une personne sociable. J’aime être entourée, j’aime être avec mes proches, et passer des moments fun.  J’essaye toujours d’être cool et abordable, même si quelquefois je dois admettre que c’est un peu bizarre, car je me rends compte que certaines personnes que je rencontre sont des fans, je suis un personnage pour eux. C’est un sentiment étrange et j’ai dû m’y habituer. Par exemple, je ne suis pas très tactile avec les gens que je ne connais pas, donc je me sens gênée quand quelqu’un que je croise me serre dans ses bras, ou bien me fait un bisou le temps d’une photo.

« Ce qui me manque, c’est l’anonymat »

    2. J’ai vu que tu avais une résidence au Fuse, c’était quoi ce fameux set de 12H ?

Oui, mon premier all night long! C’était un set de 8 heures, pas de douze heures, de 23H jusqu’à 7H du matin ! Et crois moi, le temps est passé tellement vite derrière les platines. Et je ne me m’attendait pas à ce que les gens soient autant présent en nombre ! Cette soirée a été la plus réussie de KNTXT jusqu’à maintenant ! Ca signifie beaucoup pour moi que nous ayons pu remplir le FUSE juste avec mon simple nom sur le line up. Ca me réchauffe le coeur encore quand j’y pense. J’ai commencé à jouer à 122 BPM,  j’ai construit mon set jusqu’à environ 136 BPM avant de redescendre ensuite. Ca a été une expérience hyper intense mais totalement dingue, et je suis très partante pour refaire un all night long de ce genre au FUSE.

  3. Tu préfères produire en studio ou à être en club sur les platines ?

C’est une question difficile ! Jouer en club ne serait pas aussi fun si je ne pouvais pas jouer mes propres tracks. J’ai tendance à dire que je suis avant tout DJ, quoique…. En fait, j’aime produire mais c’est plus frustrant. Je suis tombée amoureuse de l’énergie que tu crées entre toi et la foule lorsque tu joues en club ou en festival. 
« Mixer à l’ADE, c’est un truc de fou, que tu ai 24, 36 ou 85 ans ! »

  4. J’ai lu que tu kiffais rester un peu sur les festivals sur lesquels tu jouais, ça te manque de ne plus être de l’autre côté de la scène ?

Pas vraiment, car il est toujours possible d’arriver plus tôt dans un festival avant que ton set commence. Ce qui me manque, c’est l’anonymat. Je me rends compte que d’un côté, c’est une bonne chose que les gens me reconnaissent, mais parfois j’aimerais simplement me poser sans être surveillée. Les gens sont toujours sympathiques avec moi, mais tu sens qu’ils te connaissent, ça enlève de la spontanéité dans ce que tu fais, quand tu es avec le public dans la foule. Mais j’arrive à me lâcher après avoir bu quelques verres !

 « J’ai toujours adoré Soma Records »

  5. La vie de DJ solitaire en vadrouille te plait ?

Selon moi, la vie de DJ n’est pas une vie solitaire. Je ne ressens aucun problème du fait de voyager seul. Dès que j’arrive à un endroit, je suis toujours bien entourée. Les gens s’occupent de moi, ce sont des gens avec lesquels je partage des intérêts communs, donc plus de facilité d’avoir des discussions avec eux. Je me suis fait, au gré de mes voyages, des connaissances qui sont devenus des amis très proches, comme à Paris, mais aussi en Turquie car j’ai l’habitude d’y aller très souvent.

Le truc le plus compliqué vient du fait que quand je voyage, je n’ai pas de vie « normale » avec mon chez moi. Je ne vois pas mes amis pendant le week-end tandis qu’eux sont tous ensemble pour faire la fête. Mais c’est le prix à payer, je dirais, pour avoir cette vie unique et merveilleuse. Pour le moment, je ne suis pas solitaire. Et j’espère que les choses resteront les mêmes pendant très longtemps.

  6. Quel boulot aurais-tu aimé faire si tu n’avais pas choisi la musique ?

Quand j’avais 17 ans ou 18 ans et que j’ai commencé à aimer la musique underground, je commençais à étudier le droit. J’aurais probablement continué le droit si je ne m’étais pas tourné vers la musique. Mais je crois en les prédispositions de chacun. Si je n’ai pas découvert la techno à 17 ans, je l’aurais trouvé aujourd’hui, ou avant, et je serais DJ. J’y crois dur comme fer.

Charlotte De Witte Nicolas Karakatsanis
Charlotte De Witte
Nicolas Karakatsanis

  7. Raconte nous tes premières soirées techno à Gent ?

J’allais auparavant dans un club qui s’appelait MakeUp Club. Aujourd’hui, ça a malheureusement fermé, mais ils faisaient des pures soirées à l’époque ! Les gens venaient habillés avec plein de couleurs, et le son était très bon ! C’était vraiment énorme. J’ai aussi passé beaucoup de mes soirées au club Decadance, dans le célèbre quartier nocturne de Gand appelé Overpoort. J’aimais aussi le concept des soirées techno comme Kozzmozz, où j’allais fréquemment.

 « Si les gens m’estiment pour autre chose que pour ma musique, qu’ils aillent se faire foutre ! »

  8. Quel artiste aimerais-tu rencontrer si tes jours t’étaient comptés ?

S’il y a un artiste je regrette de ne pas voir vu de son vivant, c’est Leonard Cohen. J’adore vraiment sa musique et je suis sûr que cela aurait été un moment très spécial dans le voir en concert.

  9. As-tu d’ailleurs envie de faire une collab avec un artiste ?

Oui, avec Lera Lynn. C’est la chanteuse que vous pouvez voir dans le bar dans la saison 2 de True Detective. Sa voix dégage tellement d’émotion, si fragile, mais si puissante en même temps, elle irait très avec la musique techno.

  10. Un label qui te fait kiffer en ce moment ? Le dernier EP que tu as diggué ?

J’ai toujours adoré Soma Records. Je suis également une fan de Slam (les boss du label Soma NDLR), on les a invité plusieurs fois pour nos soirées « KNTXT« . Mais j’aime également beaucoup Figure. Ca serait un rêve pour moi de sortir un EP sur ce label. Pour ça, je dois continuer à bosser et à m’améliorer !

« Je suis DJ depuis plus de 7 ans ! Je pense qu’à ce jour, j’ai pu prouver que je suis dans le circuit pour ma musique »

  11. Parle nous de « Wisdom« , ton dernier EP, sur le label écossais Sleaze Records

Wisdom” EP est une série de 4 tracks : Wisdom”, “I’ll See You Tonight”, “Sending Them” et “Maelstrom. Je pense que c’est l’un de mes meilleurs EP. C’est une techno très fonctionnelle, toquée, déshabillée. Chaque track contient un vocal, ce qui, selon moi, augmente la puissance et le feeling général que tu as lorsque tu écoutes l’EP.

  12. Tu es talentueuse, mais jeune & jolie… N’as-tu pas peur d’être reconnue pour autre chose que pour ta musique ?

Je suis DJ depuis plus de 7 ans ! Je pense qu’à ce jour, j’ai pu prouver que je suis dans le circuit pour ma musique, et non parce que je suis une femme. Utiliser son physique pour se faire connaitre, c’est le genre de truc qui me tend de plus en plus. Je peux même dire que ça me dégoute ! Honnêtement, si les gens m’estiment pour autre chose que pour ma musique, qu’ils aillent se faire foutre !

  13. Qu’est-ce que ça fait de mixer à l’ADE lorsque l’on a 24 ans ?

Mixer à l’ADE, c’est un truc de fou, que tu ai 24 ans, que tu en ai 36 ou 85 ! Ca sera toujours une expérience de dingue. Je mixe depuis un moment, donc je ne me sens pas si jeune finalement. C’est lorsque l’on me pose ce genre de questions que je me rends compte que j’ai encore une image jeune pour le public.

« Pour moi, la techno est synonyme de pure beauté »

  14. Tu te rappelles de ta toute première mixtape ?

Ah oui ! Je crois que c’était un mega mash-up avec 90 tracks. Je l’ai faite sur Ableton, bien sur, c’est impossible de mixer quelque chose comme ça en live. Sauf si vous avez 9 mains et que vous faites le travail d’édition à la maison. Je ne connaissais pas encore les égaliseurs audio, donc quand j’y repense, la mixtape était horrible ! Mais, bon, il faut bien commencer quelque part !

Charlotte De Witte Fille Roelants
Charlotte De Witte
Fille Roelants

  15. Selon toi, quelles émotions se dégagent de la techno vénère ?

La musique est quelque chose de très personnel, mais, pour moi, la techno est synonyme de pure beauté. Je peux me perdre au travers des sonorités, qui laissent de la place à l’imaginaire. Ce que j’aime, ce sont les sons dépouillés. C’est impressionnant comme tu peux trouver tant de choses, ressentir tant d’émotions et de sentiments dans de la musique aussi vide.

  16. Quels sont tes projets futurs ?

La saison des festivals vient tout juste de commencer, donc je vais beaucoup voyager ! Entre ces week-ends de festivals, je vais continuer à produire des nouveaux sons. Après, pour moi, c’est dur de savoir où je me verrais dans les prochaines années. Tout ce que je sais, c’est que les choses se passent très bien, et que je suis motivée pour continuer de bosser dans cette voie. J’attends avec impatience de voir ce qui va arriver !

Prochaine date en France de Charlotte de Witte le 22 juillet pour le Festival Kolorz, à Carpentras. 

 

Signaler une erreur.

Rejoins-nous sur Facebook !