Interview : 30 ans de carrière avec Trisomie 21

30 ans plus tard, Trisomie 21 est toujours présent.

Un écrivain, quelle que soit la manière dont il écrit, est universel et intemporel quand il réussit à toucher notre humanité : peu importe alors l’époque où il a vécu !

La musique de Trisomie 21 est intemporelle, témoin depuis près de 35 ans de la tristesse et de l’espoir d’une jeunesse désabusée. Le groupe de cold wave originaire du Nord de la France repart en tournée après la sortie de « Elegance Never Dies », leur dernier album, aux sonorités beaucoup plus rock et moins indus. J’ai pu rencontrer Phillipe Lomprez, chanteur du groupe.

Philippe, cela fait quel effet de repartir en tournée ?

Non seulement on repart en tournée, mais c’est la plus grande que nous ayons faite, il y a toujours une appréhension avant de se lancer, nous sommes plutôt intéressés par la création, mais tous les publics rencontrés jusqu’ici aussi bien à Londres que Paris, à Bordeaux ou Lille sont enthousiastes, alors…

Nous ne mourrons pas tant que les gens continueront à nous écouter.

Vous vous êtes totalement plantés en jurant que c’était la der des der en 2009…

Mais il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. Nous étions vidés, T21 est une longue histoire et nous n’avions plus envie de la scène, mais bon, le sommeil est réparateur.

D’où le nom de votre dernier album « Elegance Never Dies »

Un peu oui, en 2009, nous pensions que c’était le moment d’écrire le mot fin, une fin digne, maitrisée, mais la flamme s’est ranimée et, de toute façon, nous ne mourrons pas tant que les gens continueront à nous écouter.

L’homme a créé un monde fou, il faut qu’il reprenne le contrôle

Vous êtes revenus aux thèmes chers à Trisomie 21, alors que nous sommes en 2018… Le monde n’a t-il pas changé depuis 30 ans ?

Les temps changent, les malheurs restent, l’homme a créé un monde fou, il faut qu’il reprenne le contrôle s’il veut durer ou réduire ses souffrances et ça commence par une prise de conscience.

Que s’est-il produit entre 2009 et 2017, date de votre nouvelle tournée ?

La nuit avait couvert notre horizon, en 2016 le jour s’est levé de nouveau.

A croire que le système a pris le contrôle sur l’homme

Votre musique, industrielle et rebelle, mélancolique et sociale, touche aujourd’hui les jeunes. Comment expliquer l’attirance de ce nouveau public ?

Ce sont des sujets universels apparemment, après les années 80 la société a préféré se cacher les yeux, pour ne rien voir, mais ne pas regarder ne supprime pas les obstacles. La fin des années 70 et le début des années 80 était une révolte, il fallait s’inventer une vie, l’avenir était très incertain.

La guerre froide n’en finissait pas, le chômage de masse, la mondialisation lobotomisée, le pouvoir de l’argent, les nationalismes abrutis etc… Aujourd’hui ça recommence, à croire que le système a pris le contrôle sur l’homme.

Comment avez-vous enregistré votre dernier album ? En studio aussi, vous ne faites rien comme les autres ?

Dès le début, dès les premières recherches, nous avons su que nous tenions quelque chose, que nous avions encore quelque chose à exprimer. Nous avons décidé que nous ne serions que deux et nous avons décidé d’expérimenter d’autres techniques, pour nous mettre en danger, pour provoquer l’inspiration, ça a fonctionné.

La musique industrielle (EBM, cold wave, post punk.. ) revient sur le devant de la scène, mais vous avez pris tout le monde à revers en proposant un album plus rock. Vous n’avez donc pas d’étiquettes ?

Les étiquettes sont nécessaires, elles sont des synthèses ultra rapides qui permettent aux gens de parler plus facilement, mais le problème c’est qu‘elle enferment l’artiste dans un carcans et suppriment les spécificités des uns et des autres. Trisomie 21 est libre, un point c’est tout et nous nous battons pour le rester.

« Elegance never dies » doit fonctionner comme un piège qui emmène l’auditeur vers un ailleurs qu’il ne soupçonne pas, si c’est un bon album alors c’est ce qu’il fait.
Il est multiple, parfois rock, parfois plus calme toujours électrisé, sombre et révoltés, nos utilisons dans cet album beaucoup de technologies, il est très difficile de faire la part entre ce qui est humain ou pas, mais l’homme est au centre.

Refuser l’échec, ne pas avoir peur

Justement, qu’a à dire T21 au 21è siècle, en 2018 ?

La question est très courte mais la réponse pourrait être très longue, je dirais l’avenir dépend de vous, construisez le, il faut refuser de subir, refuser l’échec, ne pas avoir peur.

Vous habitez toujours dans le Nord que vous chérissez tant ? Cet univers-ci vous inspire-t-il encore ?

Nous n’habitons pas tous dans le Nord, et ce depuis fort longtemps, Bruxelles a été pour nous une force d’attraction dans les années 80, nous sommes natifs d’Europe du Nord. Comme nous le disons depuis notre tout première interview, le Nord, c’est notre culture. Ça n’est pas pour rien d’ailleurs si nous avons été reconnus d’abord hors de France (Trisomie 21 chante en anglais NDLR).

Les cultures régionales sont une richesse qu’il est indispensable de comprendre et de respecter, mais pour bâtir plus grand, pas pour défendre un clocher, nous n’avons pas de cause régionaliste à défendre. Aujourd’hui le monde est petit, l’inspiration peut venir de partout.

Etes-vous nihilistes ? Votre regard sur le monde a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Nous ne sommes pas nihilistes, nous ne sommes pas des philosophes, le monde de T21 est onirique, nous sommes plutôt comme des chamans, nous ressentons, nous transcrivons.

Nous sommes déjà en voie de disparition

Comment vous représentez-vous la fin du monde ?

C’est quoi le monde ? Si c’est la planète alors l’homme aura disparu bien avant sa fin. Nous sommes déjà en voie de disparition car il ne reste qu’une seule race d’homme, même si elle domine les autres espèces.

Quelles sont vos prochaines dates ? De quand remonte votre dernier passage à Lyon ?

Nous allons allez un peu partout, nous retournons à Paris, notre dernière date à la Machine affichant complet très rapidement, puis la Belgique (Huy, Arlon par exemple), l’Allemagne (WGT Leipzig, Oberhausen) , l’Espagne (Madrid, Barcelone), les dates sont annoncés sur notre facebook.

Je ne me souviens plus de notre dernier passage à Lyon, mais nous sommes heureux d’y jouer.

Retrouvez Trisomie 21 le 3 mars lors du Festival Transfer au Transbordeur, à Lyon. 

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