A la rencontre du producteur français Rone, qui nous parle de son dernier album

Rone est un grand timide. Derrière ses lunettes rondes se réfugie un producteur génial, et un homme très abordable. Ensemble, nous avons parlé musique et vidéo.

Tu es tombé dans la musique, alors que tu étais en fac de cinéma. Explique-nous comment cette rencontre a eu lieu ?

En fait je faisais de la musique bien avant d’entrer à la FAC de cinéma, mais j’en faisais sans aucune ambition professionnelle car je me destinais à une carrière dans le cinéma et le changement de cap s’est opéré un peu par hasard. J’ai posté quelques morceaux sur internet, sans prétention, et là Infiné m’a contacté en me proposant de sortir un Ep (« Bora« ). Puis tout s’est enchainé très vite, le REX à Paris qui m’invitait à jouer un live, le label qui pensait à sortir un album. Je n’ai jamais calculé tout ça, mais 10 ans plus tard je me retrouve à ne plus faire que de la musique. J’entretiens des affinités avec le cinéma, je regarde d’ailleurs beaucoup de films, ça reste une forme d’art qui me parle énormément.

Comment définirais-tu ton style musical ?

Et bien c’est évidemment de la musique électronique parce que mes principaux instruments sont des machines et des synthétiseurs… Mais je collabore de plus en plus avec différents musiciens, qui viennent d’univers très différents, et au final il y a de plus en plus de sonorités acoustiques et organiques dans ma musique. Alors ce n’est pas évident à définir… Mais on dit souvent qu’il y a un côté un peu cinématographique dans mon son, un peu mélancolique et psychédélique parfois… En fait je ne sais pas trop ce que je fais… Ma musique c’est moi quoi: un peu hybride et bordélique !

Pourquoi avoir choisi le titre « Mirapolis » – un un ancien parc d’attractions reconverti en village écologique – comme titre de ton nouvel album ?

@ Olivier_donnet
Rone
Photo @Olivier_donnet

C’est en voyant la pochette que Michel Gondry m’avait composée que m’est venu le titre. Sa pochette avec sa ville rétro-futuriste m’a d’abord fait penser au « Metroplis » de Fritz Lang, mais mon cerveau a aussi fait une connexion avec « Mirapolis« , cet ancien parc d’attraction que je voyais de l’arrière de la voiture alors que nous partions en weekend en famille. Je ne suis jamais allé dans ce parc donc c’est resté un fantasme d’enfant. Et les souvenirs d’enfance sont une bonne matière première pour créer. J’avais composé seulement la moitié de l’album quand Michel Gondry m’a fait cette pochette et il me restait donc l’autre moitié à faire, mais tout d’un coup j’avais un cadre, un décor, un univers; et c’était beaucoup plus facile.

Tu es parti en Bretagne pour enregistrer « Mirapolis ». La ville – que tu évoques dans ton album – t’empêche-t-elle d’être créatif ?

Au fil des années je me suis constitué un très bon studio dans la ville, j’y suis très à l’aise, entouré de mes machines. Mais lorsqu’il était question de composer un nouvel album, j’ai vite remarqué que je manquais de liberté dans mon studio, je n’y trouvais pas l’inspiration. J’avais besoin de m’isoler ailleurs, changer de décor, voir des nouvelles têtes dans la rue. Cette fois j’ai choisi la Bretagne qui est une région que j’adore, mais c’aurait pu être un autre coin de la planète. Qui sait où je composerai mon prochain disque?

Pour le clip « Origami », tu as fait appel au Klub Simon. Comment vous est venue l’idée du cadavre exquis ?

J’ai toujours rêvé de faire une suite de clips sur le mode du cadavre exquis, la fin d’un clip introduirait le prochain, mais techniquement c’était très compliqué de planifier tout cela. Quand j’en ai parlé à mon ami d’enfance Vladimir Mavounia-Kouka (qui m’avait déjà fait un clip, une pochette et pour qui j’ai composé des musiques de courts-métrages), il m’avait proposé de concentrer cet exercice sur un clip. L’idée m’a parlé, c’est devenu Origami, un clip réalisé par 4 talents.

Michel Gondry et la musique, c’est une grande histoire d’amour, comme toi et le cinéma. Quels sont vos points communs ? Comment avez-vous décidé de collaborer ensemble ?

Ce qui me séduit dans l’univers de Gondry, c’est sa constante recherche de méthodes non-conventionnelles. Il est capable de produire un résultat bluffant avec des moyens finalement très “bricolage”. J’ai l’impression moi aussi, en triturant les boutons de mes machines, de trouver des ambiances particulières en ne respectant pas les méthodes “classiques » de production.

Michel Gondry m’a contacté un jour avec l’idée de me faire une pochette. Il ne pouvait pas mieux tomber, je bouclais justement Mirapolis à l’époque. On s’est directement bien entendu, ça s’est passé de manière très fluide.

Partages-tu son avis lorsqu’il explique que « la structure et le graphisme des bâtiments reflètent le rythme de ta musique, et que les couleurs reflètent tes mélodies » ?

Oui, mais ce qui était intéressant dans cette collaboration c’est que ma musique lui a inspiré une image qui m’a ensuite inspiré de nouveaux morceaux. C’est un véritable échange artistique: Michel Gondry a mis en image ma musique et j’ai mis en musique son image.

Le fait de fonder une famille a-t-il influencé tes productions ?

Cela n’a pas influencé ma production mais bien mon rythme. Avant je m’isolais en studio un peu quand je voulais, maintenant je suis rythmé par les sonnettes d’écoles ;-) C’est pas plus mal car cela m’impose une certaine rigueur, un cadre.

Tes clips ont-ils une histoire ? Envisagerais-tu un jour de produire un LP avec, en toile de fond, un long-métrage ?

Chaque clip est l’histoire d’une rencontre avec un réalisateur inspiré par un de mes morceaux, j’ai l’habitude de laisser carte blanche au réalisateur et si son avant-projet me parle, on avance.

Je vais pas vous cacher que le long métrage me plait bien donc qui sait, peut-être un jour un de mes albums donnera naissance à un long métrage…

Quel scénario as-tu préparé pour la scénographie de ton nouvel album ?

Mon envie était de prolonger l’univers de la pochette de Michel Gondry jusqu’à la scène. Je voulais aller à contre-courant de ce qui se fait actuellement dans les concerts de musique électronique, à savoir la course aux nouvelles technologies, le mapping… Je souhaitais quelque chose de plus simple et poétique et au final je suis ravi du résultat!

 

D’ailleurs, la Philharmonie, est-ce un de tes plus beaux moments de carrière ?

J’ai plein de beaux moments de carrière, la Philharmonie en fait certainement partie. La salle est unique, et je voulais proposer un spectacle unique entouré d’artistes qui me sont chers. Très très beau moment.

 

Qu’est-ce qui a changé dans ta carrière après le succès de Bye Bye Macadam ?

Il m’est difficile de juger l’évolution de ma carrière sur un morceau isolé. Il est clair que Bye Bye Macadam reste un morceau phare de ma carrière, je prends toujours beaucoup de plaisir à le jouer en live, mais il y a eu beaucoup d’autres évènements qui m’ont emmené jusqu’ici.

 

Quel chemin as-tu parcouru depuis la sortie de ton premier album ? Es-tu en quête de quelque chose ?

Je suis vraiment heureux et reconnaissant du chemin que j’ai parcouru, mais j’ai l’impression que tout s’est toujours mis de manière très naturelle. Je ne suis pas en quête d’un objectif précis, j’aime juste composer de la musique et la partager, sans calculer. Si ça plait, tant mieux.

 

Quel est ton plus beau moment de carrière ?

Désolé mais c’est impossible de répondre à cette question, il y a plein de beaux moments, je peux parfois ressentir autant de plaisir à jouer devant 250 personnes à l’autre bout de la planète, que de jouer devant des milliers de personnes en festival. Répondre à cette question est aussi difficile que de me demander lequel de mes enfants je préfère.

 

De nombreux artistes partent vivre définitivement à Berlin. Qu’as-tu ressenti lors de tes différents séjours ?

Je cherchais juste à changer d’air, à sortir du train-train quotidien. Tout comme le fait de s’isoler en Bretagne pour composer Mirapolis, partir vivre à Berlin m’a permis de me remettre en question, sortir de ma zone de confort.

 

Tu as toujours autant le trac avant de jouer sur des grosses scènes ? Par exemple aux Nuits Sonores à Lyon de cette année ?

Après 10 ans de tournée j’ai toujours le trac, mais je le gère mieux avec l’expérience. Jouer devant une foule qui vous attend, c’est clair que ça peut être flippant, mais une fois sur scène derrière mes machines, tout retombe, je me sens comme à la maison.

Si je calcule bien, en 2020, tu reviens avec un nouvel album… Es-tu déjà en train de réfléchir sérieusement à tes futurs projets ?

haha. Comme je l’ai dit plus haut, je ne calcule pas. Je suis sur plein d’idées et de projets, mais il est beaucoup trop tôt pour vous parler d’un prochain album, ou de sa date de sortie.

Merci pour ton temps, félicitations pour ta carrière ! Et au plaisir de te rencontrer.

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