On a rencontré Tarek Ben Yakhlef, artiste pionner du street art

« Jusqu’au bout, art de rue »

Dans le cadre du festival Urban Art Jungle, on a posé quelques questions à Tarek Ben Yakhlef, spécialiste du graffiti en France.

Tarek est une référence et une bible vivante du street art. Artiste aux multiples facettes, il est également auteur d’une soixante d’albums et de livres, dont le plus célèbre est www.paristonkar.net, un véritable documentaire sur le graff parisien à la fin des années 80.

SP : Tu es éditorialiste, graffeur, peintre, rédacteur en chef du magazine Paris Tonkar, écrivain, explique nous cette complémentarité entre toutes ces facettes de toi !

TBY : Toutes ces facettes de mon travail correspondent à mon parcours et à mes passions artistiques depuis mon enfance. Très jeune je voulais devenir écrivain et, plus tard, avec l’arrivée du graffiti en France, je me suis mis à la peinture en empruntant une voie peu académique… C’est à travers la bande dessinée que j’ai pu m’exprimer de la manière la plus aboutie dans cette alchimie du dessin et des mots.

Tarek Superposition

Je suis donc devenu scénariste avec cette envie de travailler avec des dessinateurs qui avaient eux aussi une démarche picturale prononcée, plus proche de la peinture que du dessin pur. Ce fut le cas avec certains mais pas tous. L’écriture est au centre de mon travail, qu’il soit sur mur, sur toile, dans la BD, la presse ou encore dans l’édition. En effet, j’ai toujours participé à des médias écrits, plus jeune à des fanzines, puis plus tard, à la presse spécialisée dans l’art ou la bande dessinée comme journaliste, photographe, critique et enfin comme rédacteur en chef d’une revue portant le titre éponyme de mon premier livre consacré au graffiti.

Un monde où la médiocrité, la fourberie, le cynisme et le mensonge gouvernent même dans les disciplines artistiques

Tarek
The future is coming
The future is coming

Je suis entouré par une équipe de collaborateurs très doués et motivés avec qui je propose au grand public un aperçu exhaustif et objectif des différentes formes d’art urbain qui existent aujourd’hui, sans pour autant oublier de parler des premières années de ce phénomène artistique majeur de la fin du 20e siècle. J’adore également peindre dans la rue : j’ai commencé vers la fin de 1985 d’une manière confidentielle dans mon quartier pour finir par exposer dans une galerie parisienne en 1992, un an après la sortie de mon livre Paris Tonkar… J’avais tout juste la vingtaine !

Après avoir sorti plus d’une soixantaine d’albums, j’ai choisi de renouer avec la peinture

Cette passion de la peinture murale et du graffiti est donc très ancienne. J’ai repris cette pratique en 2010 après une longue pause en raison de mon investissement total dans mon métier d’auteur de BD. En effet, après avoir sorti plus d’une soixantaine d’albums, j’ai choisi de renouer avec la peinture. J’ai repris la peinture en atelier et dans la rue d’une manière plus poussée avec l’envie d’explorer des voies nouvelles et d’utiliser tout ce que j’ai appris de la BD, de la calligraphie et de la photographie…

Une sorte de retour aux sources ! Tout mon travail est complémentaire et ne tend que vers une chose : le Beau. C’est un combat de tous les jours dans un monde où la médiocrité, la fourberie, le cynisme et le mensonge gouvernent même dans les disciplines artistiques. Bien heureusement, de nombreux artistes résistent et notre magazine est également un moyen de leur donner la parole.

Qu’attends-tu de l’édition de septembre 2017 de l’Urban Art Jungle ? 

TBY : Passer un bon moment avec l’équipe de Superposition, les artistes et bien sûr le public qui, je le pense, sera attentif, motivé et chaleureux… En plus, j’adore venir à Lyon, une ville qu’il faut apprendre à connaître pour vraiment comprendre toute la richesse qu’elle recèle en elle. Ce sera un bon cru !

Raconte-nous ta première rencontre avec le graff ? Et avec la BD ? 

J’ai vu mon premier graff sur la Petite ceinture au début des années 80 et mon premier tag à la Porte de Vanves à Paris à la même période… C’est en 1986 que je découvre les métros graffés à Londres… Un véritable choc visuel et émotionnel.

La BD, c’est ma vie depuis mon enfance… Je dessinais des histoires de Goldorak plus jeune et, à l’âge de 12 ans, j’ai rencontré Franck Margerin à la bibliothèque de Malakoff où il était venu pour rencontrer le public. J’ai eu le déclic lorsqu’il m’a dessiné un de ses personnages sur une feuille de papier.

Les murs me permettent de plus en plus de faire « en très grand » des images que j’ai dans ma tête

Mes deux principales activités artistiques et professionnelles possèdent des racines bien profondes… C’est en moi depuis toujours et c’est pour cela que je travaille beaucoup car je sais que le chemin est encore long et il ne faut pas croire que les choses arrivent seules. Cultive ton jardin secret et Sa Lumière te montrera la route !

La BD, c’est ma vie depuis mon enfance

Tu continues à arpenter les rues, de nuit ? 

Pas vraiment, je préfère peindre le jour même dans les endroits « sans autorisation »… Pour les collages en volume, il m’est arrivé de coller la nuit. Je suis davantage partisan de faire les choses sans me cacher, c’est parfois plus discret que la nuit.

Comment t’exprimes-tu à travers le graffiti ? 

Les murs me permettent de plus en plus de faire « en très grand » des images que j’ai dans ma tête et, que par la suite, je vais réaliser sur toile en plus petit. C’est aussi un véritable espace de liberté pour s’exprimer et partager son travail avec les gens… Un acte gratuit et totalement éphémère ! Le rendu est important car un mur doit se voir à la fois de loin et de près, il faut penser à la profondeur, aux lumières et au sujet qui feront que l’on s’arrête ou pas pour le voir. Cette année, j’ai peint au moins un grand mur par semaine parce qu’il faut bien se l’avouer, le graffiti est une drogue (rires) !

Comment vois-tu la différence entre la galerie et la ville ? 

Les différences tiennent au rapport que l’on a avec l’œuvre créée et la manière dont on la propose au public. En galerie, les œuvres exposées sont limitées par le volume du lieu et par le support choisi par l’artiste (toile, installation, vidéo, photographie, sculpture…) et le public qui s’y rend est le plus souvent déjà initié ou acquis à telle ou telle forme d’art. Tout un chacun peut repartir avec une pièce en l’achetant et celle–ci devient sa propriété exclusive.

Dans la rue, il n’y a aucune règle, du moins tout y est possible ! La rue nous oblige à être rapide, simple et efficace. Ce n’est pas un lieu forcément accueillant et ceux qui la pratiquent se sont assez souvent endurcis. La ville devient le support de l’œuvre là où cela est possible : des terrains vagues, les zones abandonnées, les murs, le métro… Pour le coup, l’artiste doit tenir compte de plusieurs données exogènes comme l’endroit où peindre, l’accès à celui-ci, les habitants, la police…

Quand le mur est peint, il devient une œuvre de la ville pour tout le monde et sa durée de vie est incertaine. Le temps est l’ennemi du graffiti et la seule trace qui subsistera sera la photographie de celui-ci. Peindre sur un support définitif exposé en galerie ou sur un support éphémère exposé en ville ? Ce sont deux chemins qui mènent à des résultats antinomiques. Toutefois, on peut pratiquer les deux car le plaisir procuré par ces deux manières de faire est différent et, avec l’expérience, elles deviennent même complémentaires.

Dans la rue, il n’y a aucune règle, du moins tout y est possible !

Quel est le rapport entre l’artiste et le public (spectateurs) devant un graff ?

J’imagine qu’il est le même qu’avec celui qui regarde une peinture dans un musée… J’espère que le public éprouve du plaisir car l’art est avant tout un moyen de se sentir bien, de s’évader et de quitter un instant le monde des illusions dans lequel on vit pour rejoindre celui-ci des sensations. C’est aussi un miroir où chacun y voit son Moi.

Un message à faire passer ?

L’art se vit dans la vraie vie et non sur internet ! Déplacez-vous pour voir les choses se faire, ressentir les œuvres et partager.

Son site : www.tarek-bd.fr

Facebook : www.facebook.com/Tarekauteur

Instagram : www.instagram.com/tarekby/

Paris Tonkar magazine : www.paristonkar.net

Toutes les images ont été publiées avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Tarek sera présent dès le vendredi 1er septembre au Festival Urban Art Jungle

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