Interview : Grégory Dorcel, DG de Marc Dorcel, prince de la luxure et du X en France

La société Marc Dorcel réalise en 2012 un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros, et emploie 45 personnes, tout en distribuant ses produits et services dans 56 pays. Dans le cadre de la Maddykeynote prévue en janvier, nous sommes allés à la rencontre de Grégory Dorcel, Monsieur X en France.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Grégory Dorcel, Directeur Général de Marc Dorcel SA depuis une dizaine d’années. Notre société est producteur et distributeur de chaînes TV, de chaînes de vidéos à la demande (VOD), de magazines, de sites de E-Commerce et fabricants de produits érotiques.

C’est quoi le secret de la réussite de Marc Dorcel ?

Globalement, son côté « maitre artisan ». Toujours en donner plus à nos clients. Notre vocation, c’est de rendre accessible des produits sexuels, tout en proposant des produits et des services hauts de gamme. Notre crédo, c’est pas parce que c’est du porno que c’est moche et sale.

Quel est le but de votre présence à la MaddyKeynote ?

Je dois intervenir lors d’un débat sur les perspectives, imaginer le monde de demain. (La Maddykeynote a été déplacée au mois de janvier prochain par arrêté préfectoral suite aux attentats dont la capitale a été victime, NDLR.)

Marc Dorcel a t-il réussi à démocratiser le porno en étant ultra actif sur les réseaux sociaux ?

Non, pas grâce aux réseaux sociaux. On participe à cette démocratisation depuis 35 ans. Ce qui se passe aujourd’hui est fantastique, mais ça n’est qu’une évolution de plus. Ce qui participe a la démocratisation, c’est le fait que des sociétés comme les nôtres traitent le sujet du sexe d’une façon sophistiquée, la plus élégante possible. Soit par le biais de l’innovation, soit par la sophistication, soit par l’esthétisme. Vu l’innovation technologique, les choses s’accélèrent de plus en plus.

En 2015, vous avez récolté pas moins de 5 récompenses pour vos campagnes pubs. C’est quoi votre secret ?

Trouver le bon ton. Etre innovant, mais pas vulgaire. Chez Dorcel, nos campagnes restent piquantes, mais élégantes. Forcément, dans un monde ultra conservateur comme aujourd’hui, ça réveille. (La campagne « Va te faire Foot » en 2014 a connu un succès fou, comme #SansLesMains » qui a été « Trending topics » sur Twitter en France, NDLR).

Communiquez-vous de façon plus ciblée ?

Les consommateurs possibles de X sont âgés de 18 à 90 ans. Si l’on devait cibler l’univers de la pornographie, ça nous intéresse pas. On ne veut pas cibler et se limiter au porno, puisque nous sommes susceptibles de toucher une part très importante de la population de plus de 18 ans, en France.

L’avenir de Marc Dorcel, c’est le porno en réalité augmentée et le cul participatif ?

Non. L’expérience est bluffante et intéressante pour le spectateur en réalité augmentée. Mais il faudrait que cela devienne un marché avec des concurrents, et une demande naîtrait. Mais la majorité des producteurs n’ont pas cette perspective. Ils attendent de voir si le produit marche pour investir. Marc Dorcel a passé un gentleman agreement avec nos clients, nous nous sommes engagés à offrir des expériences plus enrichissantes. Mais il n’y a pas un marché créé de X en réalité augmentée.

Aucun de vos concurrents ont tenté d’offrir une expérience avec l’oculus rift ?

Quelques uns ont essayé. Il faut réfléchir à ce que ça va donner comme expérience au spectateur. Si c’est pour reproduire ce que nous avons produit, c’est inutile. Dans notre métier, par tradition, il y avait peu d’investissements pour un retour sur investissement important ! Mais aujourd’hui c’est impossible. De nos jours, il faut mouiller la chemise. Concernant notre expérience à 360°, la version soft est gratuite sur Dorcel vision, la version Hard est, elle, payante.

Mydorcel.com, la plate forme participative du X, comment a-t-elle fonctionné ?

Par crowdfunding, Dorcel a réuni 72000 euros pour lancer un film X. Contrairement à ce qui se fait sur le web, nous avons reversé de l’argent à nos « investisseurs » dès le premier euro de chiffre d’affaires, et non pas dès le premier euro de bénéfices. Nous avons proposé également aux internautes de construire eux-même le scénario du film tel qu’ils le voulaient.

Comment faire face à la concurrence des amateurs sur le web ? Et du gratuit ? le 1er film X co-produit par le système du crowdfunding est-il une réponse ?

Nous, Dorcel, nous sommes producteurs. Mais notre chiffre d’affaires provient aussi de la distribution sur une soixantaine de plateformes sur le web. Pour moi, le contenu vraiment 100% amateur n’existe pas, à l’exception du réseau social Uplust, anciennement Pornostagram, qui propose une plateforme 100% amateur, un vrai produit amateur. On a été bluffé, et on a investi la société de Quentin Lechémia (que focuSur avait interviewé dès la création de son site, NDLR). Il y a peu de contenus vraiment amateurs aujourd’hui sur le web. Qui prouve que votre partenaire sexuel était consentant pour donner votre image ? Dans la plupart des cas, si vous essayez d’uploader une vidéo amateur, cette dernière ne sera pas diffusée.

Dorcel va-t-il davantage bosser sur du hashtag que sur de l’acteur ? Aujourd’hui, les internautes cherchent une jeune femme rousse, moins une actrice en particulier ?

En général, ça ne fonctionne pas comme ça. Il y a deux marchés en réalité. Aujourd’hui, la majorité de la consommation se fait gratuitement. Celle-ci est en réalité diffusée par morceaux. Pour pouvoir diffuser et rechercher par hashtag, avec une seule volonté pour identifier ce que voulez, pour vous soumettre une publicité qui vous vise particulièrement.

Ensuite, si vous souhaitez faire activité légale de la vente de vos contenus X, vous allez travailler sur un style particulier pour être inimitable, pour avoir une communauté fidèle. Quand Dorcel est producteur, c’est pour faire des productions sophistiquées. Soit de par la beauté de ses castings, soit par des situations élaborées, soit par de gros films à histoires. Ca ne sera jamais des gens peu esthétiques, sur un canapé pourri, avec une image dégueulasse.

Aujourd’hui, tout le monde peut faire du X avec son smartphone. Allez-vous intégrer de plus en plus d’amateurs sur le web, pour répondre à la demande ?

Deux questions se posent à nous : comment faire du volume et pourquoi faire. Si ce sont des gens qui ont une certaine maturité sexuelle, qui recherchent et veulent consommer de la pornographie pour obtenir un plaisir sexuel, ça c’est notre affaire. Et là, vous trouverez peu de producteurs sur la planète qui auront peu de succès avec du contenu qui ressemble à du contenu amateur. Les gens qui sont prêts à payer ne se tournent pas vers le contenu amateur. Mais le porno amateur pourrait marcher si c’est de qualité, comme sur Uplust.

Jacquie et Michel est-il votre principal concurrent ?

On distribue leurs contenus, mais pas tous, car certains ne répondent pas à nos cahiers des charges. Jacquie et Michel n’ont pas les mêmes règles déontologiques que nous, Dorcel n’a pas la même acceptation sur le X que eux. Jacquie et Michel a moins de limite en termes de contenus.

Quelle est votre plus grande part de marché ?

Le digital représente 80% de nos activités.

Dorcel TV est-il bientôt terminé pour laisser la place à Dorcel Visions ?

Tout dépend de ce que l’on fait de Dorcel TV. Si Dorcel TV était une chaîne qui restait coincée dans les années 80, nous l’aurions déjà supprimé, ou changé. Si à l’inverse elle est 100% digitale c’est bon. Ne pas confondre supports et contenus. Les contenus évoluent avec les moeurs. Le support n’est pas le plus important : il faut être prêt et armé face à des évolutions perpétuelles. Il faut connaître les moeurs.

Justement, comment anticiper les envies et les moeurs ?

Par chance, la société française n’est pas la plus ringarde au monde, bien au contraire, je la trouve plutôt en avance. On absorbe ce qui se fait dans le monde, on est présent dans 50 pays sur le marché, ce qui nous permet d’anticiper les comportements.

Y a t-il des pays où vous avez prévu de vous installer prochainement ?

On est dans tous les pays où l’on veut être. Les autres pays sont des pays où la liberté des femmes est réduite à néant. Il y a deux ans, on a sponsorisé le Paris Dakar. On a fait une quinzaine de plateaux TV en Amérique du Sud ! C’est pas compliqué d’être plus ouvert que la France.  Les mentalités le sont, pas les gouvernances. Les gouvernances sont tétanisées avec le sexe, et ont décidé de faire acte de résilience face à des associations religieuses ou familiales. Si on les écoute, le sexe a disparu en France. A l’inverse la population est très à l’aise avec ça.

Contrairement aux USA ?

Les Etats-Unis sont hyper progressistes. 50 Shades of Grey, Sex In the City…. Ce qui se passe là bas est impensable en France. Malgré les lobbying, le premier amendement permet la liberté d’expression. En France, les gouvernances ne savent pas derrière quoi se réfugier. Les gouvernances n’ont jamais été aussi moralisatrices qu’aujourd’hui !

« Comme si les français ne pouvaient pas décider eux même de leur liberté sexuelle »

Quelques individus imposent leur morale à des concitoyens. Je ne dis pas qu’il faut du X de partout. On est ni vulgaire ni agressif, on comprend qu’on a une activité hors norme, qui ne peut pas être diffusée de partout. Depuis quelques années en France, on a dépassé un cap, des gouvernants imposent une morale qui n’est même pas la leur, comme si les français ne pouvaient pas décider eux-mêmes de leur liberté sexuelle. C’est l’histoire des élites en France. Tous ceux qui prennent position en la matière. Les élites sont sures d’avoir une supériorité intellectuelle de manière générale.

Mais le web ne va pas à l’encontre de cela ?

Je ne peux que constater un écart phénoménal entre autres à cause du web où il n’y a plus aucune règle, ce qui est excessif. Un monde à deux têtes avec des moralisateurs qui ont leur emprise, et des communautés entières. Sur le web, il y a aussi des moralisateurs qui laissent diffuser des vidéos de décapitation, des incitations à la haine raciale, mais demandent à censurer si on vous montre un bout de sein. 

Comment peut-on laisser diffuser un meurtre en direct, où d’autres actes pénalement répréhensibles, et en interdire d’autres parfaitement légaux ? Je suis très gêné en tant que concitoyen, je ne comprends pas pourquoi une gouvernance peut être autorisée à suppléer à la loi établie.

Avez-vous une responsabilité éditoriale sur le contenu diffusé aux mineurs ?

Le Code Pénal dit en France : si vous diffusez une image porno à un mineur, vous avez 300 000 euros d’amende et 3 ans de prison. Pour accéder à notre contenu, on suit la loi en vigueur. J’ai accepté les règles. Nous avons une responsabilité éditoriale. Si d’autres font un business en voulant contrecarrer les lois, c’est leur problème. Je trouve ça immoral et dangereux.

Anna Polina m’a confié que le métier d’acteur X était de plus en plus compliqué en France. Quel avenir pour les autres producteurs de films X avec le web ?

Nous avons connu une crise énorme dans cette industrie depuis plus de 10 ans. De Moins en moins de producteurs sur la planète font des productions décentes avec des budgets décents. Les producteurs souhaitent avant tout se faire remarquer dans cette marée de porno gratuit sur le web, en diffusant des contenus avec hashtags, qui ne correspondent pas du tout avec les moeurs. Vous avez deux solutions pour drainer du trafic dans le monde du porno sur le web : soit vous faites un produit exceptionnel, soit vous allez plus loin, quelquefois trop loin.

Comment se comporte le marché du X sur le web ?

Dorcel a plus de 35 ans. Ce qui se passe sur le web à l’heure actuelle est dingue : il y a plus de 90% de visionnages de contenus X par rapport aux années 2000. Il y a cinq ans, les gens n’avaient pas la même offre. Cela donne un prisme déformé, comme dans le secteur de la musique. On assiste aujourd’hui à une paupérisation du marché du X avec une répercussion sur les différents acteurs du marché.

Si l’on prend la promesse du web pour la musique, on disait que c’était un tremplin pour tous les petits, pour vivre de leurs productions, sans vivre au crochet des méchants producteurs. Avant, les musiciens étaient aux mains de méchants producteurs, qui s’assuraient de pouvoir les financer et de les distribuer. Aujourd’hui, 50% de ces distributeurs sont morts. Et pour ceux qui restent, ils se retrouvent avec 4 plateformes d’édition sur lesquelles ils ne peuvent pas négocier les prix. Toutes ces valeurs qui se sont volatilisées n’ont pas disparues comme ça. C’est un business de prédation. On prend à certains pour que l’argent aille dans la poche des autres. On va secouer ça pour redistribuer les cartes.

Pour redistribuer de manière plus égale ?

Oui, mais seulement quand de nouvelles gouvernances arriveront et auront une meilleure compréhension de la situation. On a jamais eu autant de situations monopolistiques qu’en 2015, et ça a cause du web. Jamais une société n’aurait eu 1 milliard de clients journaliers avant le web. Nous avons décidé de devenir une plateforme au lieu de rester de simples producteurs, pour ne pas être acteurs passifs, et ce depuis notre première plate forme VOD en 2001.

Merci Grégory Dorcel pour toutes ces précisions !

Pour en savoir plus, l’interview de la jeune actrice X Anna Polina.

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