Plongée dans le monde des soirées alternatives, raves et autres free party

Il ne s’agit pas d’être philosophe, il suffit de regarder ces lieux que l’on nous propose pour nous amuser, pour faire la fête, pour « profiter du son ».

Par Thibault Ulysse Comte (Enimatek27)

Vraiment écouter de la musique, dans un sentiment de partage et de communauté. Il semble que notre génération – que la jeunesse – s’ennuie des soirées qu’on leur propose. Et cela, des salles de concerts aux clubs. La jeunesse ne veut plus être confiné dans un club.

En effet, lors des soirées en intérieur, en ville, il n’y a que très peu d’endroits charmants. Effectivement, les boites de nuit proposent un monde où rien ne compte que l’argent et une sexualité misogyne, de l’ambiance à la musique, des paroles aux comportements. Pour les salles de concerts, on ne peut que remarquer l’augmentation du service de sécurité, l’augmentation des prix d’entrée. 

Notre génération a le désir et la volonté d’une fête libre

Parallèlement, la sécurité augmente, les prix des places en prévente ont explosé. Cependant, les soirées proposées n’évoluent pas proportionnellement avec cette hausse de prix. Au contraire, les pouvoirs publics et certains orgas tendent à faire disparaitre ces moments de fêtes, de partage, de décompression.

alt="Mateknik-Enimatek12octobre-2019
Free party du 12 octobre 2019 Enimatek27

Fête libre et légalité ne sont pas forcément incompatibles

Notre génération a le désir et la volonté d’une fête libre. Dans les Free Party qui s’organisent partout en France, et les festivals Trance que l’on trouve en Europe, nous retrouvons pour le prix d’une donation, un paf, ou des prix abordables pour des festivals, une qualité souvent supérieure en puissance sonore. Mais aussi des plateaux d’artistes plus intéressants, des lieux investis éclectiques et différents (hangar, salles, champs, forêts etc.) et des décorations (projections, v-jing, lumières) de qualité. 

Ce que proposent des mouvements comme ceux de la Free, de la Tekno et de la Trance demeurent des tentatives pour répondre à un désir de communication, de liberté, d’union, qui n’oblige à aucune autorité autre que la responsabilité. 

Je vous proposerai donc de vous laisser conquérir par de nouveaux horizons. Le mouvement de la Free Party par exemple ou le monde musical « trance ». Je vous propose un témoignage de ces soirées alternatives qui entendent le sens de l’humain comme celui d’un sens de la liberté. Liberté qui est celle de vivre entre nous, au sein d’un partage esthétique, d’un partage d’être. Doctorant en Sciences Humaines et membre d’un SoundSystem en Rhônes-Alpes (Enimatek 27), je vous partage un peu de mon expérience.

L’éthique originelle, c’est l’accueil, c’est le fait de répondre à l’autre. Notre essence est amitié et hospitalité. Se saisir soi-même, de l’intérieur, se produire en tant que soi, c’est d’abord se saisir par le même mouvement qui nous a tourné vers l’extérieur et vers l’autre. La vie est une fête où personne ne danse.

La Free Party, c’est une danse pour le jour, pour le monde, pour nous autres, un sacre sans dieux

Ainsi, je me sens plus proche en moi, en rêve – dans ces rencontres dans l’obscurité -, de ces tribus qui dansaient pour le jour, faisant de son avènement une fête sacrée. Certains peuples amérindiens établissaient des célébrations pour le soleil qui pouvaient s’étendre sur plusieurs jours, avec toujours cette idée de cycle entre la mort et la vie. La Free Party, c’est une danse pour le jour, pour le monde, pour nous autres, un sacre sans dieux. Près de Villard-de-Lans, nous remontons par des chemins et des sentiers dans les forêts de pins qui s’élèvent pour entrer en contact avec l’étendue du ciel. 

C’est là que nous installons le matériel, les caissons de bois construit par P. et K., au bord d’un chemin, à la juste limite d’une petite falaise, en partenariat avec deux autres SoundSystem, le 12 octobre 2019. Plus de 500 personnes sont présentes.

Une fête sans autorisation, avec les moyens du bord

Il fait nuit, aucune lumière parasite, si ce n’est les nôtres pour nous éclairer, ne vient gêner la distance qui nous sépare – nous et nos yeux – de l’éclat des astres. Des scintillements qui se font face. Nous avons fait cela secrètement, sans autorisation. Nous dansions dans l’onde des basses, la pâle lueur astrale pénétrant l’espace entre les branches et la fraicheur d’un hiver qui se fait sentir en avance, à cette hauteur. 

Ce que la Free Party permet, c’est de pouvoir se retrouver, partager entre amis et avec des inconnus, un moment d’expériences et d’existence tourné vers la musique tekno

Il s’est ouvert, entre nous et le monde, quelque chose d’heureux, indicible, mais communicable. Oserai-je dire de sacré ? Comme si nous étions plus proches de nous-mêmes et de chacun de nous, plus proches de ce lieu et de cet espace soudain sans limite, sans appartenance. Une fête libre. Mais je pourrais vous citer des SoundSystems comme la WAKTP qui organisent de belles rencontres, heureuses et de qualité ; ou les « rencontres alternatives » de cet été organisées entre plusieurs SoundSystems et les pouvoirs publics réunissant 350Kw de caissons. Prouvant que fête libre et légalité ne sont pas forcément incompatibles. 

Des events hors des sentiers battus

Déjà le Teknival de 2007 autorisé à Marigny par Nicolas Sarkozy avait montré une possible alliance dans l’organisation et le respect du mouvement. Ce que la Free Party permet, c’est de pouvoir se retrouver, partager entre amis et avec des inconnus, un moment d’expériences et d’existence tourné vers la musique tekno. On retrouve des mouvements très éclectiques, comme du cirque, de la trance, de la drum and bass, des sons old school…. Avec toujours un parti pris que vous ne verrez jamais ailleurs.

Il me semble qu’une meilleure compréhension de ce mouvement ainsi qu’une entente avec les pouvoirs publics permettraient une meilleure destination de ces fêtes. Sur des terrains admis, sans danger écologiques ou de perturbations de la faune et de la flore, mais aussi de moins violentes confrontations avec les représentants de l’ordre. 

Ces fêtes ouvrent pour nous un accès libre. Sans fouilles corporelles, nous pouvons nous reposer et nous poser en marges de la scène, venir avec de la nourriture et boissons. La Free Party demande et propose une façon d’être autonome dans le plaisir. Tout en rapprochant public, organisateurs et artistes dans un sentiment commun.

Ce mouvement dans son essence même est à l’image de la philosophie et du mythe développés par un de ses représentants : Spiral Tribe. La spirale leur venant de l’observation d’une coquille d’ammonite dont les points de la spirale la composant sont interconnectés. 

Le nombre 23 chiffre-clé du mouvement Tekno

Le nombre 23, lancé par les Spiral Tribe, est entré dans le mythe tekno, par l’héritage du Discordianisme (une religion parodique) posant qu’entre ordre et désordre s’ouvre une nouvel « ordre » refusant les deux premiers et qui permet l’accès à la réalité. Et que dans cette réalité toute chose peut être liée au nombre 23.

Une manière de déterminer que notre vision est soumise à un cadre de lecture. Ainsi devient-on discordien en respectant des règles libres.

« Si vous voulez entrez dans la Société discordienne, alors déclarez-vous ce que vous voulez, faites ce que vous aimez faire et faites-nous en part, ou si vous préférez ne le faites pas. Il n’y a pas de règles où que ce soit. »

Cette liberté est commune à tous les êtres humains et c’est ce qui les lient.

« Chaque homme, femme et enfant de cette Terre est un véritable et autorisé Pape », remettant l’Autorité légitime dans le partage. Voilà ce que nous propose le mouvement Free. 

Ces festivals de Trance proches du mouvement Free

Plusieurs festivals de Trance partagent également pendant plusieurs jours, ces valeurs partagées par la Tekno : moyen de vivre de bonté et joyeusement. Le tout dans un esprit proche de celui du monde de la Free Party. Effectivement, je peux citer pèle-mêle :

  • Le Noisily au Royaume-Uni
  • Le Shankra Festival (en Suisse avec accès à une rivière, un lac de montagne et une cascade entre deux montagnes en juillet 2020)
  • le Psychedelic Circus
  • Le Mo:dem Festival
  • Le Dakini en Roumanie, au bord de la mer.

À chaque fois, les organisateurs pensent et réfléchissent au moyen d’accueillir convenablement le public énorme qui se déplace. C’est pour cette raison qu’il me paraît inutile de parler d’O.Z.O.R.A ou du BOOM. Selon moi, ces lieux ne sont pas adaptés à un accueil convenable pour ce qu’ils proposent. D’autant plus que ces events sont davantage devenus de grosses machines que de réels lieux de plaisir. 

Quelles sont les teufs de référence ?

Il me semble que le Psy-Fi Festival qui avait lieu du 28 août 2019 au 01 septembre 2019 à Leeuwarden (la prochaine édition se déroulera du 19 au 23 août) est sans doute l’un des plus intéressants, tant sur le lieu investit, que dans la philosophie du festival.

Le décor des provinces nordiques des Pays-Bas, au sein de lagons de Groene Ster permet de se sentir libre et apaisé. Le festival est entièrement végétarien. Le site est propre. Les orgas respectent l’environnement. Je n’avais jamais participé à un festival aussi proche, dans l’esprit, du mouvement Free. Des vigiles de sécurité qui font leur travail correctement, en ne fouillant que les sacs et en ne réalisant pas de fouilles abusives.

Vos oreilles ne vont qu’apprécier. Les artistes présents proposent un univers éclectique intense que visuel. Le lieu est somptueux et les décors sont délicatement montés et intégrés au paysage. 

Un univers éclectique intense

Et le festival, cinq jours durant, n’est pas à un prix excessif, tout en proposant conférences, rencontres, expositions et ateliers Pour finir, je me souviens d’une homme que je croisais en me rendant à la scène Chill qui s’avança vers moi et me dit : « Je ne suis pas sous l’emprise d’une substance, mais le soleil sur les arbres, c’est magnifique ». 

Un peu de bienveillance. Il s’agit également d’être en lien avec l’extérieur et l’Autre. Le but : ressentir un profond plaisir personnel à travers l’autre. La Free, c’est une unité de pluralité, une plénitude d’existence et d’expérimentation, autant qu’une multiplicité de vies et d’expériences.

Peut-être devrions-nous nous tourner vers ces mouvements qui défendent nos libertés de nous amuser et de faire la fête. Faire la fête librement, une musique libre pour les hommes libres, alors que notre société s’abrutit peu à peu dans un excès de vigilance et de prix. Il suffit de se résoudre à cette suffisance.

Par Thibault Ulysse Comte

Signaler une erreur.

Rejoins-nous sur Facebook !