La dernière lettre de Kurt Cobain, avant de mettre fin à ses jours

Le pire crime auquel je puisse penser serait de duper les gens en prétendant que je m’amuse encore à 100%

La dernière lettre de Kurt Cobain
La dernière lettre de Kurt Cobain

Les derniers mots de Kurt Cobain, traduits en français, avant de mettre fin à ses jours, le 8 avril 1994. La lettre est adressée à un ami imaginaire.

« A Boddah, parlant du point de vue d’un niais qui en a vu et qui, visiblement, préférerait être un gamin émasculé et qui se plaint, cette lettre devrait être assez facile à comprendre. Tous les avertissements qui m’ont été donnés, des quatre cents coups du punk rock, jusqu’à ma découverte, dirons-nous, de l’éthique qui impliquaient l’indépendance et l’embrassement de votre communauté, se sont avérés être vraies. Je n’ai plus ressenti d’excitation à écouter de la musique ni même à en créer depuis maintenant tellement d’années. Je me sens coupable de ça, bien au-delà des mots.

Par exemple, lorsque nous sommes en backstage, que les lumières s’éteignent et que les hurlements effrénés de la foule commencent à se faire entendre, ça ne me touche pas autant que Freddie Mercury, qui semblait adorer et se délecter de l’amour et de l’adoration que cette foule lui témoignait, ce que j’admire et envie totalement.

Le fait est que je ne peux pas vous tromper, aucun d’entre vous

Le fait est que je ne peux pas vous tromper, aucun d’entre vous. Cela n’est honnête ni pour vous ni pour moi. Le pire crime auquel je puisse penser serait de duper les gens en prétendant que je m’amuse encore à 100%.

Parfois, j’ai l’impression que c’était comme si je pointais avant de monter sur scène. J’ai essayé tout ce qui était en mon pouvoir pour y prendre plaisir (et j’y prends effectivement plaisir, mon dieu croyez-moi, j’y prends plaisir, mais pas suffisamment). Je me réjouis d’avoir touché et diverti tant de gens. Je dois être l’un de ces narcissiques qui n’apprécient les choses que lorsqu’elles ne sont plus.

Je suis trop sensible. J’ai besoin d’être légèrement engourdi pour retrouver l’enthousiasme de mon enfance. Au cours de nos trois dernières tournées, j’ai pu apprécier bien mieux tous les gens que j’ai rencontrés personnellement ou en tant qu’admirateur de notre musique; mais je ne parviens toujours pas à surmonter la frustration, la culpabilité et l’empathie que j’éprouve à l’égard de tout le monde.

Il y a de la bonté en chacun de nous et je pense que j’aime tout simplement trop les gens. Tant et si bien que ça me rend foutrement triste. Pauvre petit, susceptible et ingrat, né sous le signe du poisson, doux Jésus. Pourquoi ne pas simplement se réjouir? Je ne sais pas! J’ai une femme divine qui transpire l’ambition et la compassion et une fille qui me rappelle trop ce que j’ai été, pleine d’amour et de joie, qui embrasse chaque personne qu’elle croise parce que chacun est bon et ne lui fera pas de mal.

Et ça me terrifie au point que je peux à peine fonctionner. Je ne peux pas me faire à l’idée que Frances puisse devenir le rocker misérable, autodestructeur et suicidaire que je suis aujourd’hui. J’ai de la veine, beaucoup de veine, mais dès l’âge de sept ans, j’ai commencé à haïr l’être humain en général. Simplement parce que ça semble si facile pour les gens qui ont de l’empathie de bien s’entendre.

Seulement parce que j’aime trop les gens et que je me montre trop compatissant envers eux, je crois. Je vous remercie tous, depuis le gouffre brûlant de mon estomac nauséeux, pour vos lettres et l’intérêt que vous m’avez accordé ces dernières années. Je suis un gosse, trop erratique et trop instable!

Je n’ai plus de passion, alors rappelez-vous: il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu

Je n’ai plus de passion, alors rappelez-vous: il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu. Paix, amour, compassion. Kurt Cobain. Frances et Courtney, je vous adorerai toujours. S’il te plaît, Courtney, continue pour Frances. Pour sa vie, qui sera bien plus heureuse sans moi. I Love You. »

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