Danger, l’interview

Franck Rivoire, connu sous le nom de Danger, est un producteur et artiste français de musique électronique anciennement sur le label Ekler’O’Shock, son propre label va ouvrir les portes en 2014. Il est également graphiste. Son univers musical, si propre à lui, l’a fait connaitre dans le monde entier. De passage pour Elekt’Rhône, nous en avons profité pour échanger.

 

Danger, l’interview pour focuSur :

Salut Danger, merci de nous avoir accordé du temps pour une interview!

 

 A propos des titres de tes tracks :  Ils correspondent au sentiment que les heures t’inspirent?

J’ai choisi d’utiliser des horaires, j’ai mis ça en place depuis que je fais de la musique, j’aime beaucoup les chiffres. Finalement, je trouve ça pas plus  stupide que d’attribuer à mes morceaux des noms qui peuvent être ringards, c’est un moyen de m’attribuer quelque chose. Cela représente mon univers.

 

Danger

 

 

Comment as-tu construis ton univers artistique ? Quand as-tu eu cette vision, comment t’est-elle venue ?

J’ai fait des études de graphisme. J’ai fait du dessin très tôt, tout en faisant de la musique en même temps.Je faisais également de la BD avant, j’ai toujours inventé plein d’histoires et d’univers.  Je ne voulais pas faire de limitation entre les choses, et essaier de faire passer une émotion à quelqu’un.

On vit dans une société où c’est très facile de mélanger le dessin, la vidéo, la musique, je suis le produit de cette époque. Je ne suis pas du tout un spécialiste, je n’aime pas la musique pour la musique, une image pour l’image. Le mélange de tout ça m’a poussé à faire de la musique. Danger représente tout ce que j’aime, mais ça n’est pas du tout prémédité, c’est instinctif.

 

Quelles étaient tes influences quand tu as débuté dans la musique ? Et maintenant ?

Mes influences ont évolué, forcément. J’essaie d’avoir le moins d’influences possible dans la musique mais dans d’autres arts, je suis allé voir beaucoup de théatre contemporain, entre autre,  le cinéma m’influence également beaucoup. D’ailleurs j’ai toujours été influencé par les musiques de films, la musique de jeux vidéo également. Ce qui explique que les sonorités qui m’ont inspiré au départ sur Danger sont des sonorités assez 80’s, et parfois même des années 70. J’aime beaucoup les synthétiseurs.

Je fais évoluer tout ça, j’aime aussi  la musique de films avec un peu plus de cuivres, et des tempos plus lents.

J’ai été influencé par des artistes tels que Lorgne, Salem… Je pourrais en citer beaucoup, toute cette vague un peu post dubstep expérimentale.  Les nouveaux sons que je fais sont les résultats de ces influences.

 

Tu ne sors jamais d’EP ou d’album entier, tu as dit que tu préférais laisser attendre tes fans, les mettre en situation de manque. Si oui, pourquoi ? Est-ce que tu vas rester comme ça ou changer ?

Pas vraiment, mais beaucoup d’artistes fonctionnent comme moi et ce sont ceux que les gens détestent le plus (rires). En fait je n’aime pas sortir quelque chose que je n’assume pas à cent pour cent, c’est dans ma nature.

Il m’est arrivé, pendant  deux voire trois ans de faire un point car j’avais fait beaucoup de musiques différentes mais aucune ne me plaisaient réellement.

Pour moi la musique cessera d’être un plaisir à partir du moment où je me forcerai à réaliser des choses. En terme de marketing, ça n’est pas bien de faire des trous. Mais pour moi la musique, ça n’est pas comme ça que cela fonctionne.

Je suis juste là pour livrer quelque chose qui me plait, et si cela doit prendre trois ans à le faire parvenir à maturité, alors je le ferai. J’alterne entre des phases où je vais énormément produire et des phases où j’ai juste besoin de faire autre chose. Je ne peux pas faire ces choses de manière simultanée.

Après, il y a des artistes qui mettent sur internet tout ce qu’ils font, jusqu’au moindre petit test, moi ça n’est pas mon cas ! J’ai tendance à bien contrôler, et j’ai besoin d’être sur et certain de ma vision, de l’image et de la musique avant de le sortir, ce qui explique que ça rame un peu plus. Un nouvel EP va sortir à la fin de l’hiver, fin février ou mars. C’est la seule certitude.

 

Comment se fait-il que tes transitions dans tes lives soient des morceaux en eux-mêmes ?

Je fonctionne comme ça. Je compose des morceaux qui se glissent entre les morceaux en guise de transition, il y a aussi pas mal de morceaux que je n’ai faits que pour le live, que je n’ai jamais sortis et qui sortiront peut être un jour. Des morceaux se prêtent aux clubs et d’autres non. Je fais en sorte de soigner mes transitions, que ça soit plus que du mix.  

 

 

 

Quel est le meilleur compliment que tu aies reçu ? Le pire / ou situation cocasse ?

Rires. Je n’aime ni les compliments ni les agressions. Avec Internet, on a l’habitude, des que tu fais la moindre chose, tout le monde est libre de parler. Je passe outre les méchancetés, mais je regarde ce que les gens me disent, au moins de temps en temps. Si tu commences à regarder tout ce que les gens disent, tu écoutes tout et son contraire. Des personnes voudraient que je fasse de la musique juste pour eux, des gens détestent ce que je fais mais ils écoutent juste pour me dire qu’ils détestent.

 

« Des personnes se font des tatouages de moi, c’est ouf »

Mais la plupart du temps les gens sont vraiment cools. Le plus beau compliment : une fille s’est mise à pleurer quand elle m’a rencontré, elle ne savait pas que c’était moi et quand je lui ai dis elle a fondu en larmes. Ça me fait penser à la vidéo où un fan rencontre Britney Spears et se met à pleurer, tu ne sais pas quoi dire. En plus à l’époque je n’étais pas encore connu. Deux ou trois personnes se sont fait des tatouages de moi, je prends ça comme un compliment mais c’est assez ouf.

 

Danger

 

On t’a vu au Sucre (à Lyon), ton sentiment sur cette date ?

Cette date était cool. C’est toujours agréable de jouer ici car j’ai des potes dans la région (il est originaire de la Loire NDLR). Du coup je ne suis pas stressé. J’ai aussi du plaisir car la salle  est sympa et le son est bien. J’ai du plaisir à faire de la musique sur scène.

Je ne déteste pas me mettre en scène, j’ai un masque et je suis encore plus tranquille, j’incarne un personnage qui est une partie de moi, personnage que j’adore exprimer en live. Je veux que le public sente que je ne m’emmerde pas, que je n’attends pas de toucher ma thune et vite me tirer. Si tu fais le contraire de ça, tu es un connard !

J’ai envie que les gens, lorsqu’ils me voient sur scène, ressentent que j’aime ce que je fais. Je fais en sorte que le public adhère à ma musique. Certains ne savent pas se mettre en scène. Des mecs sont de très bons producteurs, mais quand tu les vois sur scène, ils ont l’air d’avoir peur ou de se faire chier, ça crée un sentiment de malaise avec le public.

 

Justement, raconte-nous un de tes meilleurs souvenirs en live ? Et l’un de tes pires ?

Les pires souvenirs sont toujours lorsque ton ordinateur coupe d’un coup dans les dates super importantes. Je me suis retrouvé dans cette situation la première fois que j’ai joué à New-York, à Tokyo, à Los Angeles. Alors que j’avais tout bien préparé. Le problème c’est que dans l’électro, quand ça s’arrête c’est brutal. C’est toujours de mauvais moments. Après, j’ai quelques dates un peu farfelues, quelques erreurs de booking.

J’ai joué en Inde il y a deux semaines, j’ai eu le temps de jouer 30 minutes et la police a débarqué, et ont interdit la soirée. J’ai souvent de bonnes expériences de dates, quand tout le monde kiffe, que le son est bien. Le Transbo est une super salle, l’écran est super cool, très bon son, donc j’espère que ça sera ce soir la meilleure expérience ! Je me mets en mode marketing (rires).

 

Quels sont les artistes qui t’ont bluffé lorsque tu étais jeune ? Et à l’heure actuelle ?

Ce qui est malheureux, c’est que nous avons tous les mêmes références, dans ma génération. J’étais à la fois bluffé techniquement par Aphex Twin à une période, mais comme tout le monde j’ai écouté à la fois du WARP mais à la fois  j’ai une culture mélangée, je ne suis pas un fan d’un artiste en particulier, j’avoue que comme tout le monde j’ai écouté Daft Punk, CHemical Brothers. Je me sers de tous les courants musicaux, que ça soit de la deep-house, de la dub-step, du trap.

Ma musique est un mélange de tous ces styles, je n’ai donc pas forcément à choisir. Je ne suis pas un clubber, j’aime faire de la musique qui est fat avec des grosses basses, qui a de l’énergie. Je ne prends pas de plaisir à faire des gros tracks de clubs mais plutôt de l’énergie rock ou métal ou hip hop dans des trucs un peu breakés, mais moins clubbing.

 

–       Ton avis sur l’évolution de la musique électronique, comment vois-tu l’émergence de tant d’artistes ? Comment vois-tu l’avenir pour ce style musical ?

La musique électronique, ça n’existe pas. Aujourd’hui, toutes les musiques sont électroniques. Même le rock, tout ce qui se fait, même Christophe Maé qui pourtant a l’air d’être plus de la pop, il y a beaucoup plus d’électronique que d’analogique. Les artistes retouchent la moindre note de musique, toutes les voix sont post-produites, tout ce que tu entends est mixé sur Pro Tools, il y a 64 tracks de doublage. Rien n’est fait en vrai, même la plus grosse folk au monde est électronique.

L’électronique à l’heure actuelle, c’est la fonction de la musique qui la définit, plutôt que les moyens que l’on a utilisé pour la faire. Tout le monde à un ordinateur, et à part si la société s’écroule, l’ordinateur va devenir le moyen le plus simple pour faire de la musique. C’est beaucoup plus simple de faire une track de Avicii que de jouer un morceau à la guitare. Si tu veux faire de la country, tu peux en faire avec Ableton Live, de l’accordéon avec Logic. Il y a des artistes qui choisissent de faire de la musique électronique avec un ordinateur et ça ne sonne pas du tout comme ce que l’on appelle de la musique électronique.

Il y a encore de nombreuses choses à faire avec l’informatique, et plein de manières différentes de le faire en live. Le seul truc qui fait chier, c’est que pour un guitariste par exemple, c’est ton ordinateur qui lit les notes que tu as écris sur une portée. Et tu ne peux pas ressortir ça en live.

 

Danger

 

–       Tu as énormément voyagé pour tes concerts, que penses-tu du public français ou européen, en général ? Et par rapport au public asiatique ? Quelle est leur manière d’aborder la musique électronique et ton univers ?

Rires. A tous les coups c’est une question raciste ! Je plaisante. Tout dépend des publics, des endroits, des soirées, il y a beaucoup de paramètres. J’ai fait des soirées merdiques en France. C’est la question qui fait chier ! La vraie réponse, c’est que tout est différent. En Asie, généralement, vu que les gens ont moins l’habitude de voir des artistes indépendants, ils sont pris entre deux cultures. Une très folklorique, et une techno type Tiesto, des artistes de stade. Du coup, une certaine partie du public les entre-deux, ne sait pas comment se placer.

Quand je vois qu’un public a juste envie d’écouter du Rihanna, et d’autres trucs de vénères, et que je joue de la musique, j’essaie d’en faire un peu plus, d’être catchie, de jouer des tracks avec des voix pour ne pas trop les dépayser. Dans d’autres cas, ça ne marche pas et les gens ne comprennent pas. En Asie, ça m’est arrivé un peu plus souvent. A Paris c’est une autre manière de faire la fête.

Dans tous les pays où la musique est importante et les grandes capitales, souvent le public est plus exigeant, il utilise la musique comme une manière d’affirmer un goût.

Des gens n’aiment pas forcément ce qu’ils viennent voir dans les capitales, mais ils viennent car c’est cool d’y aller. Ça peut donner des publics un peu mous, qui viennent la pour discuter avec leurs potes et montrer leurs dernières fringues. Ce que je préfère, c’est quand ta soirée est mal partie, et que tu réussis à les faire kiffer.

 

–       Un dernier mot pour la fin : Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui fait de la prod’  avec le développement de la musique électronique à l’heure actuelle?

Il faut déjà avoir de la chance. La musique électronique est de plus en plus concurrentielle. Quand j’ai commencé, si tu voyais le nombre de mecs qui faisaient des groupes de rock ou de hip-hop et qui balançaient les sons sur Myspace, et il y avait très peu de musique électro. Juste d’un point de vue statistique, c’était plus logique d’aller vers la musique électronique, qui était une niche qui allait se développer. Je ne l’ai pas fait pour ça, mais parce que j’aimais ça. FInalement c’est aussi pour ça que ça a pu marcher. Car t’attaquer de front et dire que tu vas devenir le groupe de pop-rock le plus connu au monde avant d’y arriver c’est chaud.

 

« J’apprends à faire la base de Skrillex, y’a moyen d’avoir des pass backstages, de me taper des meufs et boire gratos »

J’encouragerais dans la musique électronique les gens à vraiment trouver un truc particulier et à s’y tenir. Le plus dangereux dans la musique est de se laisser porter dans les modes, car la musique électronique change tout le temps. Il faut réussir à tenir bon même s’il y a un nouveau truc qui sort. Une fois que tu arrives à avoir cette netteté, c’est la ou tu peux développer quelque chose. Les gens, au départ, vont te chier dessus : si tu te tiens à ta ligne de conduite, les gens vont se dire, « ah tiens, il est encore là lui ».

On le voit encore dans le paysage, le mec n’a pas juste fait ça pour sortir avec des meufs et boire de l’alcool gratos. Il y a aussi dans cette génération-là, dont je fais partie, des mecs qui pensent qu’être célèbre c’est trop cool, sans n’avoir besoin de rien faire, comme un métier en soi. J’achète un ordi portable, je regarde deux trois tutoriaux et j’apprends à faire la base de Skrillex, j’essaie de faire des tracks. Derrière y’aura moyen d’avoir des pass backstages, de me taper des meufs, de boire gratos. Ceux qui ont ce genre de profil, c’est un peu dégueulasse. C’est juste une façon de voir les choses. Après si le mec fait de la musique pour ça, mais que ça plait, c’est qu’il a trouvé son équilibre.

 

Danger

 

Propos recueillis par Maxime Fort.

 

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