On a rencontré Electric Rescue (Skryptom) qui nous a concocté une playlist techno

Techno, House, Dub, Minimal : focuSur a rencontré Electric Rescue, roi de la fête, qui viendra mettre le feu à Lyon le 30 janvier prochain.

Antoine, voici quelques questions pour aider notre public à mieux te connaitre !

Samuel : Après 20 ans de carrière, es-tu encore empreint de l’esprit «rave » ?

E.R. : Plus que jamais,beaucoup de gens se disent rave parce qu’ils sont issus des free parties, ou parce qu’ils ont fait une teuf dans un hangar avec une coupe de champagne à la main, mais en fait ils n’ont pas vraiment su vivre ce qu’est l’esprit rave. Et ce n’est pas une question de génération, je ne suis pas du tout dans le « c’était mieux avant ».

L’esprit rave c’est le partage, la mixité des genres d’individus et de musique, un rassemblement dans l’égalité des individus et le rassemblement autour de moment de partage. Le mélange des genres et des couleurs. L’évolution musicale pendant une soirée pour raconter une histoire et ne pas rentrer dans un tunnel de techno de 8 heures, une rave peut commencer ambient puis dub, filer vers la house puis un peu plus dure pour aller jusqu’à la techno revenir vers des choses plus souples, puis remonter filer vers des sonorités plus dures voir même jusqu’au hardcore si on est friand de çà !

La rave se balade un peu partout, le tout dans un esprit positif, cohérent. Ce qu’il faut, c’est savoir raconter et emmener l’auditoire en voyage. Ce n’est pas empiler douze têtes d’affiches dans un hangar et que çà banane à 130 BPM tout le temps sur des sonorités identiques toute la nuit, çà c’est différent, c’est un festival. Après je ne dis pas que ce n’est pas bien et que je n’apprécie pas d’y participer, mais je m’éclate d’ailleurs.

L’esprit rave c’est créer un objet artistique global avec un lieu incroyable, une thématique, faire découvrir des new comers et inviter des artistes connus en ayant penser un line up qui soit une histoire, un scénario en fonction des artistes sélectionnés. Apporter de la déco, des attractions du spectacle de préférence en adéquation avec le thème de l’événement, c’est un tout la rave.

L’esprit rave est le nom que l’on donne à cette attitude libre et de partage, qui n’a pas d’époque

L’esprit rave est libre, il n’est pas concentré dans un carcan de style musical avec des barrières, c’est un des points de la scène actuelle que j’apprécie un peu moins, malgré que j’aime énormément la période actuelle car elle propose beaucoup de choses, mais tout est cloisonné si tu n’es pas exactement dans les clous du style, bim tu es exclu. Cette attitude est vouée à l’échec dans le temps, par contre la liberté d’expression et de surprise a toujours été là et a drainé des foules depuis la nuit des temps. L’esprit rave est donc le nom que l’on donne à cette attitude libre et de partage, qui n’a pas d’époque. Elle se transpose aux époques qu’elle traverse.

Pffffiooouuuu on est parti loin là non !

Samuel : Quelle est la ligne directrice de Skryptom ?

E.R. Skryptom est le condensé de la musique électronique correspondant à mes gouts préférés, en donnant une forme de cohérence. La techno est ce qui me fait le plus vibrer avec l’electronica, et ce sont les deux styles qu’on retrouve le plus sur Skryptom, puisque Skryptom n’est que le reflet subjectif de mes gouts sans réels calculs. C’est juste l’utilisation de codes des tendances du moment qui me font vibrer, agrémentant la personnalité du label.

Quelles sont les dernières signatures que tu as fait sur Skryptom ?

Le petit dernier de la famille Skryptom est Kmyle, il a sorti son premier en octobre (« Le Fugue EP », NDLR), un deuxième est bientôt bouclé, il sortira au premier semestre 2016. J’adore sa musique car c’est un vrai raconteur d’histoire, comme tous les autres sur Skryptom d’ailleurs. Je suis content des huits artistes actuels de mon label pour plusieurs raisons.

Déjà, ils me mettent tous à tour de rôle des jolies tartes musicales, c’est çà que je recherche. En plus, ils sont un peu tous potes de près ou de loin. Après il y en a toujours qui s’en sortent mieux que d’autres selon les périodes mais pour moi ils sont tous top et je suis hyper fier de partager çà avec eux.

Comment le public a-t-il accueilli Picture of Cephei, ton dernier LP ? Quelles sont tes prochaines sorties ?

Il remonte déjà celui là !!! En fait ce n’est pas mon dernier EP, j’en ai ensuite sorti 2 sur le label Intacto cet été qui ont été accueilli de manière sympathique. Je vois que certains tracks sont encore joués régulièrement par des chouettes artistes alors qu’ils ont 6 mois.
J’ai volontairement fait une coupure de production ensuite car j’ai sorti tellement de choses ces dernières années que je voulais m’enfermer dans ma grotte, enfin mon studio, pour faire le point sur ma musique me mettre face à moi-même musicalement et partir sur un format album.

Du coup, pendant un an et demi, j’ai expérimenté plein de choses, j’ai fait 150 morceaux dans plein de direction différentes pour arriver à un album qui est prêt et qui va arriver au printemps. Vu que je fais beaucoup de collab avec mes potes Manu Le Malin, enfin The Driver en techno, Möd3rn, et encore d’autres, j’avais besoin de me retrouver seul au studio pour savoir où j’en étais. Maintenant, je sais. Mes prochaines sorties sont un EP d’annonce d’album avec des remixeurs et l’album arrivera au printemps, il sera varié comme un album de très vaporeux à très brute de décoffrage techno.

La playlist d’Electric Rescue pour focuSur, AtipiK Kolektif et Swarm factory

Raconte-nous ces fameuses soirées EL.UE ?

La recherche d’un lieu dépaysant, beaucoup d’huile de coude pour rendre les prix les moins chers possibles, de la bonne techno et de musique electronique, beaucoup d’envie commune de partage entre les gens la liberté respectueuse des autres et des lieux. Beaucoup de sourires, de bras en l’air, de frissons, pas de haters à la noix !

Que reste-il de D’jedi dans tes productions ou dans tes sets ?

Je suis revenu aujourd’hui au sonorité de D’jedi en fait avec un peu de BPM en moins et un peu plus de sound design adapté à notre époque. En fait, j’ai jamais vraiment changé, j’ai juste fait évoluer mes sonorités en fonction de mes envies du moment, sans calcul.

Si tu avais un conseil à donner à un jeune producteur, ça serait lequel ?

Aucun, je n’ai de conseil à donner à personne. Il faut vivre les choses que l’on a envie de vivre.

Alors que tu as joué dans les clubs les plus prestigieux (Berghain, Rex of course), y-a-t-il encore des lieux qui ont su garder le côté rave que tu affectionnes ?

A ton avis ? ASTROPOLIS est l’épicentre de l’esprit rave, pour moi. C’est le festival qui respecte la définition que je t’ai donné au début, à la lettre près. Ca n’est pas pour rien que je les aime tant. Il y a plein de festivals géniaux un peu partout dans le monde, mais Astro c’est unique, je n’ai jamais retrouvé ça ailleurs, j’ai espéré beaucoup retrouver ça mais non. En même temps, je n’ai pas tout fait et j’espère toujours trouver d’autres festivals comme çà avec cet esprit si friendly et rave.

Après, je surkiffe le REX c’est un peu ma maison aussi, quand j’y vais, je ne sens pas que je vais bosser mais je vais plutôt retrouver des gens que j’aime c’est comme quand tu te prévois une petite soirée avec tes potes, sauf que là tout est super organisé mais il y a toujours à un moment dans la soirée où il y a un petit coup de baguette magique et ça bascule dans la fête !!! Bon après il y a toujours, en fonction, des périodes plus compliquées c’est normal c’est la vie, mais malgré çà je ne suis jamais reparti du Rex avec un mauvais feeling.

Le Berghain c’est chouette c’est sur, mais il y a aussi une fête que j’ai fait en plein milieu du désert en Israel avec 1000 dingos, une rave en plein milieu de la campagne en Lituanie, le Piknic Electronique aussi où j’ai retrouvé un côté assez familial, des raves de 400 ou 500 personnes dans des ateliers d‘artistes dans le centre de Londres. C’est vrai que vu l’image « rave » que j’ai, j’ai toujours eu la chance d’être invité dans des lieux un peu en marge.

Tu vas jouer une nouvelle fois en B2B avec The Driver lui aussi très connu des teufers, quelles
sont vos particularités ?

Tous les deux on est aux antipodes et pourtant ça fonctionne. Parce qu’on se surkiffe amicalement, il n’y a jamais un mot plus haut que l’autre entre nous. Chacun laisse toujours la place à l’autre, bon c’est vrai que Manu en prend beaucoup dans l’esprit des gens mais moi ça me fait rire, je m’en fout d’être adulé comme il l’est, moi je kiffe faire de la musique seul ou avec lui, j’ai pas besoin d’être mis dans la lumière, ce qui m’intéresse c’est la musique et les beaux projets.

Et ce partage avec Manu en est un, de beau projet. On se complète beaucoup musicalement, je suis très techno architectural et lui est plus l’électron à vif et psychadélique, du coup le mélange des deux donne W.LV.S, un OMNI, un objet musical non identifié, et on s’éclate.

Un mot sur Möd3rn, comment ça se passe lorsque l’on décide de produire du son à plusieurs ?  Quel est l’avantage d’avoir six mains en live ?

L’avantage quand il y a six mains, c’est que quand tu fais 6 heures de live comme à l’Iboat la semaine dernière et que t’enfiles les bières, tu peux lâcher tes potes pour une vidange !!! Nan je déconne.  Möd3rn c’est un gros bordel musical, personne n’a de rôle, tout le monde joue de tout, sauf que chacun respecte et laisse la place à l’autre. Du coup, on ne prévoit jamais rien. A un moment donné y a un mec qui nous dit : feu c’est parti, et on se lance, on navigue à vu, en fonction de l’état l‘esprit du moment.

Les lives Möd3rn, c’est 80 % d’impro, dans lesquels on lance des tracks Möd3rn ou des tracks solo pour faire plaisir au public, parce que c’est le moment de les envoyer. On prépare quelques pattern midi qu’on envoie dans les analos et modulaires, mais sinon tout est construit en direct, rythmiques sur les boites à rythmes, même certaines mélodies sont créées en direct. Après on a beaucoup de loops prêtes bass, percus, effets, sound design mais on mélange tout en permanence.

Sinon pour Möd3rn, c’est venu du fait qu’avec Romain (Traumer, NDLR) et Max (Maxime Dangles, NDLR), on voulait se voir plus, vu que l’on habite aux 3 coins de la France, Romain et Max faisaient des lives ensemble, j’en faisait avec Max, mais Romain et moi on en faisait pas, il est naturellement venu l’envie d‘en faire à 3. Et naturellement, l’envie de faire du disque a suivi et on a eu la chance que ça parte dès la première sortie. C’est donc parti d’une amitié forte qui s’est transformée en Möd3rn. Tout n’est pas toujours simple de part nos vies différentes et nos caractères de cochons, enfin surtout le mien, mais franchement c’est la grosse éclate.C’est marrant je t’ai répondu à l’envers, bref  !

Es-tu un papa pour Traumer et Maxime Dangles ? On sent la patte Electric Rescue sur certaines de leurs prods.

Non je n’ai qu’un fils il s’appelle Zadig (non pas mon pote ZADIG le musicien (Construct Reform), mon fils s’appelle vraiment Zadig. Mais je comprends ce que tu veux dire, en fait je suis tellement passionné que j’adore voir de vrais talents émerger. Quand j’en sens un, et qu’il est dans mes gouts et j’aide cet artiste à aller plus vite, plus loin avec mes petits moyens et ça me nourrit aussi pour ma propre musique. C’est un échange gagnant gagnant, moi je leur apporte mon expérience et j’essaie de leur éviter toutes les conneries que j’ai pu faire, et eux ils me transmettent de leur fraicheur. Et le dernier en date c’est Kmyle. J’espère qu’il y en aura d’autres qui m’excite musicalement autant qu’eux, on verra …

Par contre je ne suis pas d’accord qu’on sente ma patte dans leur production mais si tu l’entends c’est peut être qu’on a des gouts qui se rapprochent, ne serait ce pas cet esprit rave dont on a pas mal parlé.

Explique-nous le concept des soirées Play !

Play et EL.UE, même combat la rave à l’état pur, c’est juste que par respect pour Virginie (ma femme avec qui nous organisons Play) par rapport à nos potes avec qui nous organisions les soirées EL.UE (Pepperpot, Géraldine, Airtoon, Annabelle, Benoit et Stef au début) nous avons changé de noms, mais sinon c’est la même histoire, la rave la rave la rave moderne !!!

Enfin, un petit mot sur la scène lyonnaise !

Lyon est un des points hyper vivant et attractif de la scène française. Lyon n’a pas à rougir par rapport à Paris car à Lyon tu as de la bringue de qualité et des plateaux de oufs tous les week-ends, un public vraiment au fait de tout et c’est toujours un kiffe de venir partager avec ce public au même titre que les Bretons, les Parisiens, et aussi plein d’autres villes françaises. La France, et Lyon dans ses points culminants, est vraiment devenu une des destinations techno les plus intéressantes, vivement le 30 janvier ! »

Rendez-vous le 30 janvier prochain au Double Mixte en compagnie de W.LV.S, et Jonas Kopp B2B Zadig.

Des places seront à gagner prochainement pour la grande première du concept MESS organisé par AtipiK Kolektif et Swarm factory.

Pour vous inscrire, c’est par ici.

 

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