Electric Rescue : rencontre avec un doux raveur

Antoine Husson est plus connu sous son blase Electric Rescue, DJ et producteur de techno « sans concession », comme il se définit lui-même. Nous nous sommes rencontrés avant le festival Dream Nation, dont Electric Rescue co-produit la scène techno, et, à mon plus grand plaisir, on a pu parler musique pendant un long moment.

Ton dernier EP, Melancolic Enchantement est sorti au mois de juillet

Exact. L’EP est sorti sur le label du Rex, joué depuis pas mal d’artistes intéressants. Je suis assez content de cet EP car il a un côté classe dedans, à tous points de vue, en terme de label car c’est le label d’un club mythique, et tant graphiquement que dans les morceaux.

Comment Electric Rescue gère-t-il sa communication, à l’heure des réseaux sociaux ?

Je fais tout tout seul ! J’ai un manager, Flo de chez Astro. Il s’occupe des dates, il m’oriente. Je suis tellement tout le temps le nez dans les labels, à chercher de nouveaux artistes, que je tombe de manière frontale sur les labels qui me plaisent que je leur envoie moi-même mes démos.

Pour t’expliquer, en ce moment, j’ai une démo de 11 titres, j’ai préparé mon dossier et mes emails, et j’envoie la démo aux labels que j’aime bien, j’ai eu des retours, des oui, des non, comme tout le monde. Ca n’est pas parce que je suis dans ce milieu depuis longtemps et que je suis connu que je dois changer ma façon de travailler. Certains ont des egos plus gros que le mien et ne se rabaissent pas à envoyer de la démo. Moi je m’en fous.

Pour aller plus loin : une autre rencontre avec Electric Rescue qui nous parle de l’esprit Rave. 

Les derniers artistes que tu as découvert ?

Je découvre régulièrement de nouveaux artistes. Après, il y a les artistes que tu as envie de jouer et ceux que tu as envie de signer sur ton label. Les deux derniers artistes qui m’ont donné envie de passer du temps à les développer, ce sont Kmyle, et Wlderz, anciennement The Welderz.

Marion Poncet est juste un joujou

Wlderz ont su faire évoluer leurs sonorités et ça m’a plu. Ils sont passés d’une techno un peu easy à une musique plus sombre et travaillée, plus profonde. On bosse sur l’album en ce moment. Pour Kmyle, l’album sortira le 22 septembre. Après 3 EP, l’album est pressé ! Avec que des nouveautés, sauf Telepathic Synchrony.

Comment construis-tu un album, par rapport à un EP ?

J’essaie de proposer un panel large de l’artiste. Si c’est pour envoyer douze tracks techno, autant sortir 3 EP. Il ne doit pas y avoir que des morceaux dancefloor, le but étant d’ouvrir le coeur et les sentiments. Un album doit te faire voyager, il doit raconter une histoire. Comme un mix : tu dois arriver à montrer différents ptaysages, monter en intensité, relâcher, avec un fil conducteur. Dans un album, tu peux davantage faire de l’expérimentation. La grosse différence entre un album et un set, c’est que dans un album il y aura des changements de rythme plus brutaux.

« Un album doit te faire voyager, il doit raconter une histoire »

Après quand tu produis un album, tu prends un risque. Si un mec aime ce que tu fais en techno, et n’aime pas ce que tu fais en electronica, il peut rester sur sa faim. Mais il faut le prendre, ce risque.

C’est le risque que prend Traumer avec son virage micro ?

Pas tout à fait. Je ne suis pas en accord complet avec ses choix. Traumer, c’est un artiste que j’ai lancé. A sa place, j’aurais gardé Traumer assez généraliste, pour jongler entre la techno et la house, Roman Poncet en techno et Marion Poncet en micro. Il a fait le choix de balancer Traumer complètement micro house, et de garder Poncet en techno, mais Marion Poncet est juste un joujou. Je trouve ça dommage d’avoir sacrifié la partie techno de Traumer. Mais c’est mon ami, je n’interviens plus sur ses projets depuis plusieurs années !

Ton nom reste toujours associé avec celui d’Astropolis ?

La première fois que je suis allé à Astro, j’y étais en tant que spectateur. J’ai compris que c’était comme ça que je voyais la rave. Dès le milieu des années 90, je faisais mon pèlerinage à Astro, à Concarneau. Je m’étais promis de revenir tous les ans, quoi qu’il advienne. Au début, j’y étais en tant que public, et ensuite, j’ai pris les platines, grâce à Gildas. On a passé du temps à discuter ensemble, on s’est rendu compte qu’on était fait du même moule. Ils m’ont mis résident du festival, je joue régulièrement sur les évents Astro. Depuis, ce sont mes bookers, managers, amis, confidents…

Comment qualifier le style d’Electric Rescue ?

L’esprit Electric Rescue, techno sans concession, rave techno actuelle avec une touche d’electronica dans le sound design derrière. Je ne changerais jamais de style sur ce pseudo.

Vous fêtez actuellement les 10 ans du label Skryptom…

Yes ! On a rassemblé 14 artistes pour la sortie de l’album des 10 ans du label.

J’ai organisé plus de 150 raves dans des endroits de fous !

On a eu Truncate, Kennedy, Garnier, Zadig entres autres. Tous nos premiers choix qui ont répondu présents ! On est content car l’actualité des projets fait que ce n’est pas toujours évident de réaliser ce genre d’albums avec tous les artistes que tu avais sélectionné. Notamment pour Laurent Garnier qui n’est pas un artiste facile à avoir.

Quant à Innigo Kennedy, c’est un semi résident sur le label, je suis un gros’ fan de sa musique. Un peu de techno, un peu d’électronica. Ce sont les deux terrains de jeu de Skryptöm.

As-tu d’autres projets en tête ?

J’ai un paquet de projets différents. Pour Möd3rn, on vient de sortir l’album qui clôturait une boucle de 8 sorties. On a quelques dates avec Traumer et Maxime Dangles qui accompagnent la sortie de l’album. Par exemple, Grenoble dans le cadre des 10 ans de Skryptöm. On a voulu rassembler le label pour les 10 ans avec Möd3rn, car c’est la famille Skryptöm. En concertation avec les orgas on a invité des artistes qu’on aime bien. Des mecs comme Abdullah Rashim que l’on a jamais booké.

Quand ils me regardent ils ne voient pas de dollars.

Je suis en train de voir également avec plusieurs labels pour la suite, j’ai un projet de sortir un autre label, une plage libre pour sortir des EP tous les deux / 3 mois. J’ai déjà le concept.

Envisages-tu de créer un label electronica un jour ?

Je manage différents labels, mais on reste toujours dans la techno, dancefloor. Ca n’est pas du tout la même approche sur un label electronica, ou de musique un peu plus institutionnelle. Ca n’est pas la même démarche ni les mêmes contacts.

J’ai des pseudos que je ne divulgue pas car je ne veux pas qu’ils soient influencés en bien ou en mal par mon passé.

Je connais énormément de monde dans le milieu de la techno, les choses sont plus directes et plus faciles. J’apprécie beaucoup la musique electronica, j’en joue depuis 20 ans mais je ne m’y suis jamais non plus jeté dedans à corps perdu, donc je ne suis pas connecté avec leur label. Il faut avoir les codes de cette scène pour monter un label. J’avais envie à un moment donné mais j’ai renoncé.

Qu’en est-il de ta collaboration avec Manu ?

Concernant WLVS, l’EP Miserichordia est sorti à la fin du printemps. On a eu la chance d’avoir un gros accueil, entre autres grâce au film sur Manu. On a eu une date pour Fortress début septembre, un EP de remix va également sortir. En remixeur, on a The Hacker, Maxime Dangles, Lunatic Asyllum et Torgull. 3 visions totalement différentes de Misericordia. J’ai écouté chacun des morceaux et ils sont tous fous, dans des styles totalement différents! On a d’autres prévisions de sorties, et la Machine en octobre !

As-tu des projets secrets ?

Oui, j’aime toucher tous styles de musique. Je ne veux pas tout mélanger. J’ai même des projets secrets sous des noms que l’on ne connaît pas. Des pseudos que je ne divulgue pas car je ne veux pas qu’ils soient influencés en bien ou en mal par mon passé.

Tu as déjà joué en club sous ces pseudos ?

Oui, de manière anonyme. J’ai la chance de pouvoir travailler assez vite et sur plein de projets différents.

Peux-tu nous parler de ton projet hybride ?

Avec Gaspard Claus, on a réfléchi à un projet sur le thème de Bach, mélangeant musique classique et musique électronique. Cette rencontre Avec Sourdoreille pour le Culture Box sur Manu s’est super bien passée.

Quelques dates sont tombées dont la Philharmonie de Paris. On bosse même en parallèle sur un album avec 9 titres. On a fait de la création pure, violoncelle et musique électronique. On veut trouver un label qui nous puisse nous permettre de faire vivre ce projet, avec un peu d’ambition et de la modestie.

Tu co-réalises le plateau artiste techno du Dream Nation pour la première fois

Ils m’ont demandé un conseil artistique pour réaliser le plateau techno. C’est une première. Si ça se passe bien, je serais peut être reconduit les autres années. J’ai essaié de proposer un plateau assez large, un plateau éthique. Il y a eu à un moment une vision trop mercantile des gens extérieurs à ce festival, c’est une grosse machine mais il y a une volonté de qualité musicale de la part des orgas. J’ai voulu recentrer les débats pour que les gens aient une vision purement musicale du festival.

Derrick May, c’est la tête d’affiche, avec une techno plus ouverte, mais ça reste quelque chose de très intègre. Cleric, un des mecs techno en devenir, Lucy en terme de techno éthique on est bien. Je connais Rachmad depuis plus de 20 ans. Emmanuel Top, c’est la caution old school du plateau, en mode revival.

Je ne suis pas dans le moule du business

En tant que local parisien expatrié en province, je suis content de revenir à Paris pour mixer ! Je ne voulais pas de techno Ibiza ou de la techno Drumcode, pas de techno business, comme il y a aujourd’hui dans pas mal de festoches en France.

Au Dream Nation, pas de techno Drumcode, pas de techno business !

Il y a eu des questions à un moment donné, je les ai fait chier en leur disant les gars, là on parle musique. Tu construis une line up comme si tu construisais un album, de manière réfléchie. Je m’en bats les couilles d’avoir des artistes business, de les empiler pour remplir un stade.

Tu as déjà refusé des dates sur Electric Rescue pour des questions éthiques ?

Les gens d’Astro le font pour moi. Je suis déjà allé jouer à Solidays, mais pour la cause. Au début j’y suis allé à reculons, mais j’ai des antécédents familiaux par rapport au Sida qui m’ont motivés pour jouer là bas. Pour moi, pour elle. J’y suis allé, et je me suis pris une grosse tarte ! J’avais presque l’impression d’être à Astropolis !

« Le Burning Man, ça ne m’attire pas plus que ça. Je trouve ça très bien, mais vivre une semaine dans le désert au milieu de dingos, ça fait un peu colonie de vacances amélioré »

Globalement, mon côté underground fait que je ne suis jamais trop demandé sur des trucs mainstream ou commerciaux. Je n’ai pas de paillettes, ça ne les intéresse pas ! Je ne suis pas dans le moule du business.

En ce moment, ils sont tous à fond sur Amélie Lens et Charlotte de Witte, deux jeunes DJ jolies…

Tu vois, en ce moment, ils sont tous à fond sur Amélie Lens et Charlotte de Witte, deux jeunes DJ jolies, elles rassemblent 1 million de gens sur Facebook en 3 jours, là on est dans le marketing, tout aussi sincère que leur musique soit. Elles sont demandées de partout en festival, elles font vendre des billets, et ramènent du monde. Je ne rentre jamais dans ce cadre là, je suis un ours de la techno. Quand ils me regardent ils ne voient pas de dollars. Je ne critique pas leur musique, mais le business.

As-tu expérimenté des endroits cools récemment pour faire la teuf ?

J’ai eu quelques expériences cools. Notamment, SourdOreille qui l’a donc proposé de faire un concert de 25 minutes pour Culture Box, avec un violoncelliste, un mec qui vient du classique à la base. Autant je ne suis pas demandé dans des trucs mainstream, autant je peux être impliqué dans de beaux projets artistiques.

Burning Man ou Astropolis ?

Voir des cinglés jumper de partout pendant une semaine dans le désert, c’est pas pour moi. Je préfère les évènements sur une journée, deux jours, dans des lieux cools. A l’époque, je pouvais mixer dans des catacombes, dans des grottes, des usines sous le Pont Alexandre 3, dans des châteaux et d’autres lieux tous plus fous les uns que les autres !

J’ai eu la chance de connaitre et d’assister à l’explosion d’un mouvement.

Quand j’y repense, je me dis que j’ai eu de la chance. J’ai du organiser 150 teufs dans des endroits improbables. J’ai eu ma petite part d’aventure, mais aujourd’hui je suis plus dans des collabs de musique que bouger à l’autre bout du monde faire la teuf dans le désert.

Si tu pouvais retenir quelques évènements parmi ceux là ?

Astropolis, c’est le point culminant en matière de techno. Maintenant Astro fait parti de notre vie de tous les jours, au début c’était quelque chose de fantastique. C’est le seul vestige visible des années 90. J’ai joué dans le désert en Israel, à côté de la mer Morte (désert de Judée NDLR), dans une grande rave, en 2008 ou 2009.

Le seul souci après 2010, ça n’est pas l’esprit rave, ce sont ces structures qui veulent se l’accaparer pour se faire de la tune

Avec les soirées Play! , j’ai pu également m’éclater, de même que je garde un souvenir magique de mes premières raves. Il y a trop de choses, je bouge depuis 1989 dans ce genre de soirées ! Réserve ta journée si tu veux que je rentre dans les détails. J’ai eu la chance de connaitre et d’assister à l’explosion d’un mouvement.

Tu es nostalgique par moment ?

Non, chaque époque a ses plus et ses moins. Mais j’ai eu de la chance de connaitre avant, et j’ai la chance de connaitre maintenant. Je ne fais pas parti de ceux qui disent que c’était mieux avant, les choses sont juste différentes, j’ai encore plein de projets de collaboration à venir, je ne suis pas dans le regret.

L’esprit rave est encore là, dans les années 2010 ?

Oui, il y a eu l’esprit rave de 90 et celui de 2010. Pendant les années 2000, les gens se sont un peu trop réfugiés en club. En 2010, on est revenu vers des choses plus fondamentales et plus profondes, avec plus de facilités, plus de moyens.

Il y a une forme d’envie de la part des années 90 vers 2010, et de regrets de la part des gens de 2010 qui auraient aimé connaitre les années 90. Le seul souci en 2010, ça n’est pas l’esprit rave, ce sont ces structures qui veulent se l’accaparer pour se faire de la tune. Mais quelques orgas veulent le cultiver. Et Astro est toujours là !

En matière de teuf, il ne faut pas croire que tout était rose dans les années 90

Il ne faut pas croire que tout était rose dans les années 90. Il y avait déjà des asso qui avaient une vision purement mercantile, qui a donné une explosion des raves dans la 2ème partie des années 90. Mais faire de la tune avec la rave, c’est limité, donc la nature a fait son travail et ces gens là ont disparu, et ne sont restés que les vrais. Astro, Manu (le Malin NDLR), Laurent (Garnier NDLR), Agoria et d’autres.

La techno, c’est une musique qui vient du ghetto, et qui retournera toujours au ghetto. Les gens qui veulent faire de la tune en 2017, ils ne dureront pas dans le temps. C’est la même chose pour le hip hop. Il y a une partie très commerciale dans le hiphop, peut-on appeler ça du hiphop d’ailleurs, mais au fond, le hiphop, ça reste une musique underground. La vraie musique urbaine, elle reste là où elle est.

Pour aller plus loin : une autre rencontre avec Electric Rescue qui nous parle de l’esprit Rave. 

 

 

 

 

 

 

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