24 ans de rave au festival Astropolis, racontés par Electric Rescue

Electric Rescue présente la 24ème édition du festival brestois Astropolis

PHOTO MANOIR KEROUAL
PHOTO MANOIR KEROUAL
ASTROPOLIS

Astropolis a milité pour que la techno soit reconnue comme une culture à part entière, avec ses armes. Ceux qui étaient déjà présents en 1993 se souviennent des raves dans les champs bretons organisées par Gildas, mais aussi de la venue de Jeff Mills. Mais aussi de la première édition en 1995. Antoine Husson aka Electric Rescue, boss du label Skryptöm, fait parti de la famille Astropolis. Il nous raconte l’histoire d’un des plus anciens festivals techno français.

Comment as-tu découvert Astropolis ?

Avec 4 amis dont ma femme nous organisions tous les 5 les soirées EL.UE sur Paris dans la deuxième partie des années 90. Dans ce groupe, il y avait Yann notre graphiste et membre à part entière de l’organisation, Breton, qui était tombé sur la première édition d’Astropolis et il n’arrêtait pas de nous en parler, çà l’avait vraiment fait rêver. Alors on a organisé un petit convoi de potes et on est allé voir ce que ça donnait.

Et là bim ! La tartouze, c’était exactement notre vision de la Rave, ils organisaient exactement la même chose que nos soirées EL.UEs mais en plus grand, il y avait les mêmes ingrédients basés sur la passion et la générosité. L’organisateur qui était avant un raver et qui voulait transmettre ce qui le fait rêver.

SOIREE EL.UE ELECTRIC RESCUE ARCHIVES
SOIREE EL.UE ELECTRIC RESCUE ARCHIVES

Astropolis est devenu notre pèlerinage annuel

En arrivant, on s’est dit : « on est à la maison ». Du coup, Astropolis est devenu notre pèlerinage annuel, j’ai dû en rater deux (celle avec les Bérus et une autre pour des raisons personnelles incontournables je pense). Je me rappelle à un moment donné lors de notre première escapade là-bas, j’ai dit à mes potes et ma femme, putain ici c’est chez nous et un jour je jouerai ici. Mes potes et ma femme m’ont répondu sympathiquement : « ouais, ouais » n’en pensant pas moins, mais je ne sais pas pourquoi je le sentais, je me sentais tellement bien à Keriolet que j’avais vraiment l’impression que ça allait arriver.

Raconte-nous ta première rencontre avec Gildas 

En fait, nous nous connaissions de loin avec Gildas et Mathieu, mais je n’allais pas les voir, je ne voulais pas les emmerder, il m’arrivait une fois de temps en temps de passer et de leur dire merci simplement comme çà, surtout à Mathieu d’ailleurs, je croisais moins Gildas. Je ne le savais pas mais Gildas suivait mon parcours depuis Brest, et lorsque j’ai lancé Skryptöm il a accroché ce que je proposais et il s’est rapprocher de mon bookeur de l’époque pour peut-être faire jouer Julian Jeweil qui avait sorti l’année précédente Air Conditionné, mais au final il a préféré me prendre pour l’ensemble de mon parcours. C’est assez rare les orgas qui pensent de cette manière, ils vont plutôt vers du facile, de l’artiste qui vend du ticket, Astro, non, ils vont vers le sens, la passion.

Bien sûr, Julien est passé ensuite à Astro et tant mieux car c’était mérité vu son début de parcours. Il m’a donc booké pour le festival de juillet 2008. Puis un vendredi de Mars, je me lève peinard et je lance le studio pour bosser et là je reçois un coup de fil de mon bookeur qui me dit : « t’es chaud là ? Parce qu’Ellen Alien s’est cassé la gueule en vélo et elle ne peut pas assurer sa date de ce soir avec Astropolis au Vauban et ils voudraient que tu la remplaces ».

La culture de la différence, le vivre ensemble sont les fondamentaux de la rave, et ce qui devrait être les fondamentaux de l’homme en fait

Moi, à moitié dans le gaz, je crois que j’ai juste dit : « j’arrive ! ». J’ai sauté dans le premier TGV Paris-Brest (4h45 à l’époque) et je suis arrivé à la gare de Brest, où m’attendait Gildas, et là j’ai eu l’impression qu’un pote de dix ans m’attendait à la gare. Ça a tout de suite matché entre nous, on a passé toute la soirée ensemble, il m’a même raccompagné à l’hôtel ! On a pris un petit déjeuner qui a duré assez longtemps, on a refait le monde comme si on se connaissait depuis 10 piges. Je ne sais pas ce qu’il lui a pris, mais j’ai joué au festival en juillet et il m’a mis directement résident. Ensuite, il m’a proposé de devenir mon manager, ça fait maintenant dix ans que tout cela perdure et ça me rend heureux.

PHOTO GILDAS & MATTHIEU ASTROPOLIS
PHOTO GILDAS & MATTHIEU
ASTROPOLIS

Parle-nous de ta première rencontre avec Manu le Malin

Oula !!! Manu je le connais depuis 1992 on a un peu quelques origines communes, des parcours passés assez proches mais c’est la Rave qui nous a fait nous parler la première fois, on s’est croisé chez TSF (boutique de vinyles qui se trouvait là où est Techno import aujourd’hui), on s’est croisé dans plusieurs raves parisiennes dont Mozinor où nous avons joué tous les deux mais pas au même moment et enfin je l’ai booké à la première vrai grosse rave que j’ai organisé en décembre 1992 aux côtés de Electric Indigo, Kortex et moi.

Gildas et Mathieu ont proposé que nous clôturions en B2B l’Astrofloor, et l’histoire W.LV.S a débuté avec Manu 

Nous n’avons jamais été très proches mêmes si nous avions des parcours parallèles, chacun dans notre style. Lui avait une grosse carrière internationale dans le hardcore, moi je suis toujours resté plus confidentiel à cette époque, avec mon ancien pseudo. Je menais une double vie entre mes études, le taf ensuite et la musique ! Puis, à la fin des années 90, les choses se sont accéléré, puis, aux débuts des années 2000, je me suis consacré uniquement à la musique et mon projet Electric Rescue, puis la rencontre avec Astro. Avec Manu, pendant toute cette période, on suivait de loin ce que faisait l’autre, mais sans plus. Puis en 2013, Gildas et Mathieu ont encore eu une bonne idée et ont proposé que nous clôturions en B2B l’Astrofloor à Astropolis, et l’histoire W.LV.S a débuté.

 

PHOTO W.LV.S ASTROPOLIS
PHOTO W.LV.S
ELECTRIC RESCUE & MANU LE MALIN

Tu te souviens de la première édition d’Astro au manoir de Kériolet ?


Oui, bien sûr, tout n’est plus très clair, car ça fait plus de vingt ans !
 Je me souviens de l’arrivée sur le champ transformé en parking pour l’occasion, puis on a emprunté un chemin dans la forêt, l’allée entre les grands arbres, et la tu entendais ce son d’infrabasse.

Il faisait encore jour, et on apercevait le château aux travers des branches, on était comme des gamins, surexcités. En arrivant, on est tombé face à face avec cette magnifique façade de granite remplie d’histoire, la nuit tombait, plein de couleurs différentes prenaient place un peu partout dans le parc du château, c’était magique. On était à Disneyland et on avait huit ans.

C’était magique. On était à Disneyland et on avait huit ans.

Puis tout a basculé, la magie a pris place et on s’est promis d’être là tous les ans. Et chaque année j’ai cette excitation qui me reprend, elle est toujours aussi forte, et je n’ai jamais trouvé encore aussi fort partout où j’ai pu jouer dans le monde. Je n’ai pas joué partout bien sûr, mais j’ai fait quand même pas mal de bons bons trucs, mais cette magie est unique, il y a un truc inexplicable qui se passe là-bas, que çà soit à Keroual, Kériolet ou Penfield.  

 

Photo Keriolet Astropolis
Photo Keriolet
Astropolis

Comment le festival réussit à maintenir autant d’excitation depuis 24 ans ? Cet esprit rave si fort à Astropolis, comment a-t-il été préservé ?

Oui oui oui, cet état d’esprit est là et intact. Il y a toujours des détracteurs qui te diront l’inverse, mais c’est faux, l’esprit est là, que çà soit dans le public ou les personnes de la team Astro. Astropolis a maintenu l’excitation et l’envie dans le public car le festival est généreux, les orgas se mettent à la place du public et pensent à ce qu’ils aimeraient trouver quand ils vont en festival pour l’appliquer à leur propre événement et la considération pécuniaire est au second plan après toutes les considérations artistiques et hédonistes.

Raconte-nous les premières éditions à Kéroual. Il y-a-t-il un ou plusieurs moments qui t’ont encore plus marqué que les autres ?

Chaque édition a sa petite particularité, il y a plein de moments énormes, que ça soit à Kéroual ou Kériolet, le live de Laurent Garnier dans la cour de Kériolet en 98, ben sims qui joue sous la pluie à 8h du matin et fait des scratchs dans tous les sens et le public ne bougent pas de là et danse. Les clôtures de festival avec Sven Vath, Laurent. Le set de Jeff Mills l’année dernière. Et bien sur toutes les fois où j’ai pu m’exprimer sur l’AstroFloor ou la cour, et même les deux fois à Kériolet. Chaque année, il se passe des trucs assez dingo !!!

 

PHOTO JEFF MILLS KEROUAL ASTROPOLIS
PHOTO JEFF MILLS KEROUAL
ASTROPOLIS

Qu’est-ce-que tu attends le plus à Kéroual cette année ?

Musicalement, le projet L.S.D m’intéresse énormément, curieux de voir le set de Modeselektor aussi, je suis aussi intéressé de voir DAX J et Nina Kraviz que je n’ai jamais vu en vrai, ça n’est pas dans mon style de prédilection mais je pense que ça doit être bien bien fort. Mais aussi d’autres curiosités comme Otto von schirach et ISR live avec Lenny Dee and co, connaissant bien le loustique çà doit être bien bien fort. Et bien sûr, Laurent va nous faire partir en sucette en closing de l’Astrofloor. Je parle de ceux-là mais il y a pas mal d’autres trucs que je suis curieux de découvrir comme dans la cour, Jasss, Not Waving etc. Bref, comme d’habitude, je vais découvrir et me faire plaisir à Keroual.

 

Photo Manoir de Keroual - Floating Points - Maxime Chermat
Photo Manoir de Keroual – Floating Points – Maxime Chermat

C’est la première fois que Kmyle et toi allez jouer sous le projet Laval à Keroual, comment aborde-t-il cette soirée ?

Il est en transe ! Comme d’hab en même temps, Samy est toujours à 2000 km/h, c’est un hyperactif, hyper intelligent, hyper généreux, Samy est toujours hyper tout ahahah Il est une boule d’énergie, j’arrive à le canaliser et du coup on s’éclate tous les deux, mais j’adore le fait qu’il apporte toute cette énergie. Vu ce que je viens de vous dire, vous voyez ce que ça peut donner lorsqu’il sait qu’il va jouer à Astropolis. 

Astropolis fait parti des ingrédients élémentaires qui m’ont construit, clairement et simplement

Il est en fusion. Et je sais que je vais entendre 354 fois dans la nuit, « putain c’est la folie gros ! » c’est sa phrase ça. Ce qui est drôle quand on fait des lives que ça soit avec Möd3rn ou Laval, pendant les lives il vient me parler mais il est tellement speed que je ne comprends rien de ce qu’il essaie de me transmettre verbalement, mais çà match niveau musique alors je lui dis simplement « ok » pour pas le déstabiliser et il repart à fond derrière ses machines. Il me fait rire, je l’aime beaucoup et c’est top de bosser avec lui. Tout comme avec l’ensemble des artistes de Skryptöm, j’ai de la chance de les avoir tous, il y a une super ambiance dans le label et ça me rend heureux.

 

Photo Laval Electric Rescue / Kmyle
Photo Laval
Electric Rescue / Kmyle

Enfin, pourrais-tu parler du festival de manière plus personnelle, qu’est-ce qu’Astropolis t’as apporté ?

En fait, le festival fait parti des ingrédients élémentaires qui m’ont construit, clairement et simplement. Il y en a peu de ces ingrédients. Il y a Astropolis, le Rex, Underground Resistance, Laurent, les Raves Parisiennes et notamment celle que j’ai organisé avec mes proches et ma femme, sans qui je me serais ramassé. Tout cela a contribué à façonner ce que je suis devenu. Ma femme m’a toujours ramené à la rationalité et à la vie.

Underground Resistance pour ce côté intègre de la musique, sans basculer dans l’intégrisme. Le Rex a été une plateforme d’expérimentation et de rencontre, Laurent qui nous a façonné une forme de Template pour mener une carrière en tant qu’artiste électronique, bien que je n’adhère pas à tout. Mais les grandes lignes qu’il a tracé donnent un cadre. 

Astropolis m’a adopté

Comment ne pas citer aussi les raves, pour la folie. Astropolis et les raves m’ont appris la manière de créer un climat autour de soit avec ses « troupes », m’ont montré que la générosité payait toujours. Astropolis m’a confirmé que pour durer, il ne fallait pas avoir peur. Je peux te parler de leur combat au tribunal pour discrimination contre les autorités locales. Et musicalement,  ils nous surprennent chaque année en nous faisant découvrir des artistes intéressants et souvent surprenants. Astropolis me manage depuis maintenant une petite décennie, donc forcément ça m’a énormément façonné et influencé.

 
Astropolis m’a adopté, et ça c’est extrêmement fort, rien que de t’en parler j’ai des frissons. Astropolis, c’est une grosse famille, d’un nombre de membres assez indéterminé, qui évolue en permanence, qui reste ouvert à l’autre, et qui prône la culture de la différence. Et la culture de la différence, le vivre ensemble sont les fondamentaux de la rave, et ce qui devrait être les fondamentaux de l’homme en fait.

Le set d’Electric Rescue pour focusur.fr

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