Interview : Ibrahim Maalouf, musicien et compositeur de jazz

Focusur rencontre Ibrahim Maalouf

Le célèbre trompettiste et compositeur Ibrahim Maalouf ne s’arrête jamais ! Après avoir jonglé entre rock, jazz et mélodies orientales, il présente un nouvel album, « Levantine Symphonie N°1 » dans un registre plus classique. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Vienne l’été dernier.

Vous êtes issus d’une grande famille d’artistes, vous avez commencé à jouer de la trompette très jeune mais vous avez aussi continué vos études, qu’est ce qui vous a finalement poussé à choisir la musique ?

J’ai fais un bac S, je voulais partir dans des études scientifiques mais j’ai pris conscience que pour les études de musique il y a une limite d’âge. Je me souviens, j’avais 17, 18 ans et j’ai vu qu’à partir d’un certain âge on ne pouvait plus suivre des études de musiques au conservatoire alors que les études universitaires, on peut les faire à tout âge. Ca a été décisif et ça m’a donné envie de me lancer dans la musique assez rapidement en me disant qu’au pire, si ça ne marchait pas, je pourrai toujours suivre des études universitaires.

Vous jouez différents styles musicaux, vous composez, vous enseignez et j’en passe. Quel est le fil conducteur dans tout cela ?

Mon instinct, je crois. Tout ce qui me plaît, tout ce qui correspond à ce que j’ai envie de faire au moment où je le fais. Je ne me force jamais, je ne fais jamais les choses de manière stratégique. Au niveau de mes rencontres aussi, je les accueille à bras ouverts et j’essaye d’être à la hauteur de ce que la vie m’offre, tout simplement. J’ai toujours fais mes choix de manière très instinctive. Et surtout, plus c’est original, plus ça change de ce que j’ai l’habitude de faire et plus ça m’excite et ça me donne envie d’inventer des choses et de développer.

Vous parlez de rencontres, quelles sont celles qui vont ont le plus marqué ?

Il y a des rencontres qui restent toute la vie, bien sûr. Ca serait long de toute les développer, il y en a vraiment plein. Par exemple, Lhasa De Sela (chanteuse mexicaine américaine, ndlr) a été une rencontre déclic chez moi. C’est elle qui m’a fait mettre le pied à l’étrier et m’a donné le courage de me lancer dans mes compositions et dans mes projets plus personnels.

Vous avez aussi consacré un album à Dalida, est-ce qu’elle aussi a fait partie de vos influences ? Qu’est ce qu’elle vous évoque d’un point de vue personnel ? Vous a t-elle donné envie de faire de la musique ?

Je n’irai pas jusque là. C’est plutôt ma mère qui écoutait Dalida à la maison et comme c’était l’anniversaire de la disparition de Dalida, on a eu envie de proposer quelque chose d’un peu différent de ce que j’ai pu faire jusqu’à maintenant. Il y a pleins d’invités, c’est un album un peu « chorale ». On a fait tout un programme un peu fou autour des chansons de Dalida.

L’improvisation peut être partout

Vous avez joué cet été au Théâtre Antique de Vienne, un lieu chargé d’Histoire, comment vous adaptez vous aux différentes scènes sur lesquelles vous vous produisez ? Et notamment à un public de festivaliers ?

Ca fait longtemps maintenant que je joue dans les festivals du coup maintenant je connais l’esprit festival. Mais Jazz à Vienne a quelque chose de différent, il n’y a pas cet esprit que l’on retrouve souvent en festival lorsque les gens viennent juste pour faire la fête, boire des bières en sautant un peu d’un plateau à un autre. A Jazz à Vienne, au moment où il y a un concert c’est hyper intimiste malgré le nb de personnes présentes. Il y a beau avoir 5000, 6000 personnes, ça reste très intime et on a vraiment cette sensation s’être dans un concert plus que dans un festival. On n’est pas là juste pr mettre l’ambiance, il y une vraie conversation entre l’artiste et le public. C’est le contexte du théâtre antique qui offre ça, c’est un cadeau de la vie incroyable ce théâtre.

Où vous sentez vous plus libre, en festival ou en concert ? Vous parlez souvent d’improvisation, où se sent on le mieux pour improviser ?

L’improvisation peut être partout. Il n’y a pas vraiment de contexte plus favorable qu’un autre. Ca dépend vraiment du choix que l’artiste va faire. Soit il vient avec un set déjà tout écrit soit, au contraire, il décide de créer des moments imprévus. Cela crée des moments privilégiés avec le public, surtout avec les connaisseurs. Particulièrement à Jazz à Vienne car le public connaît bien le Jazz et lorsqu’il voit qu’on crée, qu’on est dans un moment d’impro, il donne de l’importance à ça. Certains publics ne comprendraient pas.

A Vienne, vous avez joué avec Angélique Kidjo, comment est née cette collaboration pour votre futur album ?

En fait, c’est parti d’une volonté d’Angélique de me proposer quelque chose. Puis au fur et à mesure on a fini par se lancer dans ce projet qui va aboutir à un album que l’on va sortir l’année prochaine. Pour l’instant on a quelques dates. J’adore Angélique, je trouve son travail et sa voix extraordinaire, sa personnalité unique et elle est très professionnelle. Elle aussi est très instinctive dans sa manière de faire les choses. Elle me ressemble dans sa manière de faire de la musique, de manière spontanée, très instinctive. On avance en fonction de ce qui nous plaît et ce qui nous fait du bien. Ce projet sort un peu de tout ce que j’ai pu faire jusque là.

FocuSur a consacré un dossier sur la musique orientale. J’ai l’impression que les artistes européens sont de plus en plus influencés par ces sonorités là. Comment intégrer ces musiques traditionnelles dans un registre, des méthodes plus actuelles ?

Je pense que moi, comme d’autres artistes, on ne se pose pas toujours la question. Mais c’est vrai qu’en ce moment il y a une influence assez forte de l’Orient. Et je pense que c’est parce que l’Orient est de plus en plus présent en Occident. De la même manière que la musique Nord américaine s’est transformée à partir du moment ou les esclaves noirs d’Afriques sont arrivés. C’est le contexte qui veut ça. L’Art est aussi le témoin d’une époque. Et l’époque à laquelle on vit aujourd’hui, l’Orient est bouleversé, on lui impose beaucoup de conflits régionaux, il a des difficultés à s’épanouir. Du coup, il tente de s’épanouir ailleurs parce-que sinon il ne peut pas vivre là où il est. Il y a donc une sorte d’expansion de la culture orientale un peu partout, qui veut absolument vivre et survivre et qui s’exprime à travers l’art des pays dans lesquels elle est adoptée. Cela crée naturellement un métissage musical, tout comme dans la société desquelles la musique est un élément culturel. C’est un témoignage très fort dans la musique puisque la musique parle à tout le monde mais c’est vrai dans tout : la gastronomie, la peinture, la danse etc. Il y une alchimie artistique dans tous les domaines.

Pour terminer, quelle est l’actualité d’Ibrahim Maalouf ?

Il y a l’album qui s’appelle Levantine Symphonie n1 qui est sorti le 14 septembre. Il y aussi le live de Bercy qui sort en novembre, on sort même parallèlement une clef USB où il y a tout le concert en full HD et tout l’album en très haute définition.

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