INTERVIEW – ZADIG , DJ et producteur techno sans concession

Salut Zadig, merci de répondre en toute sincérité à ces questions pour le magazine Focusur !

Tu as commencé par être DJ dans les années 90 à Paris, avant de te lancer dans la production, et d’être patron de label. Peux-tu nous citer quelques moments clés dans ta carrière d’artiste ?

alt="photo-du-dj-zadig-label-tresor-techno-teuf-rave"
Zadig est l’un des DJ techno phares en France photo DR

Pour commencer par le début, il y a eu cette cassette audio qu’un gars m’avait donné ! Il était Dj bien avant moi à Rouen (ma ville natale) et c’était une des première fois que j’entendais de la Techno, j’avais déjà entendu d’autres trucs mais plus commerciaux. Là j’ai vraiment pris une grosse claque, il y avait une ambiance très forte dans cette musique et c’est ce qui m’a donné envie de me mettre dedans.

Après, le vrai moment clé dans la carrière c’est quand je suis venu habiter à Paris et que j’ai travaillé chez Syncrophone. Là, j’ai rencontré pleins de gens qui m’ont donné beaucoup de conseils et permis d’avancer. C’est là que j’ai rencontré Okin aka Nico qui à signé mon premier maxi sous Zadig, mais aussi Dj Deep, Technasia, Electric Rescue, Arnaud le Texier qui m’ont donné beaucoup de conseils et qui m’on signés sur leurs labels.

Également John et Didier qui bossaient à la distribution de vinyles, ils m’ont également signé sur Syncrophone et m’ont beaucoup aidé à monter Construct Re-Form. Il y a eu la rencontre avec Axel qui est devenu mon agent et partenaire sur le label et bien entendu Antigone et Voiski qui sont devenu des artistes phares de mon label entre autres à l’époque. 

Tu as commencé par jouer dans les années 90. Décris- nous les soirées parisiennes d’autrefois. Es-tu nostalgique de cette période ? Quels lieux ont gardé cet esprit rave ?

“Je n’ai jamais cherché à faire du relationnel pour jouer”

J’habitais à Rouen à l’époque et je jouais très peu à Paris. C’était assez difficile de percer la scène parisienne, je ne produisais pas, je n’étais pas sur place et je ne connaissais personne. Je jouais donc plutôt localement, il y avait beaucoup de soirées. j’ai quand même eu quelques opportunités au Gibus pour les soirées Absolute Core au Gibus, et au Rex grâce à Laeticia et Alex de Katapult. Ils m’ont offert mon premier Rex, une soirée inoubliable pour moi, avec Cabanne et Automat. J’ai toujours été assez réservé et je n’ai jamais cherché à faire du relationnel pour jouer. 

“Aujourd’hui ça n’a plus rien d’exceptionnel de voir des DJ”

En revanche, j’allais très souvent en teuf eu en club à Paris et ailleurs. Je suis bien entendu un peu nostalgique car c’était une ambiance assez unique, beaucoup plus naïve. L’offre était plus limité et donc avait une valeur différente. Aujourd’hui ça n’a plus rien d’exceptionnel de voir des DJ, d’aller dans les soirées etc … Malgré cela tout dépend de ce que tu y amènes. Tout cela dépend des gens qui viennent et aussi des artistes qui viennent jouer. 

Aujourd’hui c’est un gros business on ne peut pas le nier, beaucoup plus qu’avant. Il est donc rare de retrouver cette naïveté mais parfois il y des moments incroyables. Pour les lieux pas facile à dire, c’est très subjectif l’esprit Rave, et ça appartient à une époque qu’on ne retrouvera jamais évidemment. J’aimais énormément jouer à Concrète (comme beaucoup), il y avait un état d’esprit très particulier avec cette team qui influençait beaucoup l’ambiance la-bas. Il y a aussi un petit club que j’aime beaucoup, le 1O1 à Clermont, un endroit avec un super état d’esprit. L’esprit Rave revient plus ou moins avec les soirées hangars etc … Je n’y joue pas beaucoup, c’est littéralement un autre réseau donc je ne peux pas en parler des masses. 

Le Bassiani en Géorgie est un club incroyable

As-tu récemment expérimenté des lieux cool pour faire la teuf ?

Oui beaucoup de super clubs. Le premier qui me vient à l’esprit c’est le Bassiani en Géorgie : un club incroyable, certainement mon préféré avec le Tresor. Il y a aussi « Industrial Copera », un club à Grenade qui est vraiment mortel. Le Neopop bien entendu. Un très bon club aussi à Strasbourg : le Kalt, très chouette lieu, et puis j’ai joué il y a quelques mois dans la campagne japonaise pour le Paramount festival et là je n’ai pas de mots. Après il y a beaucoup d’endroits différents et tous ont une touche différente. 

Ton vrai nom est Sylvain Peltier. Pourquoi avoir choisi Zadig comme nom d’artiste ? 

Quand j’étais petit, je suis tombé sur une adaptation du conte de Voltaire « Zadig ou la destinée ». A l’époque ce récit m’a envouté d’une certaine manière, j’ai bien entendu lu le conte plus tard et l’effet a été le même. Lorsque le moment est venu de me choisir un nom celui-ci est apparu naturellement. De plus j’ai découvert plus tard les significations de ce nom, en Arabe « l’ami » et en hébreu « le juste » et en un sens cela me correspond bien. 

Dans ta biographie, on peut découvrir le manager que tu es, mais également l’homme, qui fait passer l’éthique avant toute chose. Penses-tu que la simplicité et l’honnêteté sont les clés de la réussite dans ta carrière ? 

Bon je dois avouer que je ne suis pas toujours très consciencieux, je suis même plutôt désorganisé ce qui est plutôt une difficulté dans ma carrière et pour la simplicité et l’honnêteté, oui c’est évident, c’est l’une des raisons pour lesquelles certains clubs, promoteurs ou festival travaillent avec moi depuis le début et continuent à me faire jouer. Et ce, malgré les changements de modes et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer aujourd’hui pour proposer des choses différentes  plutôt que des gros head liners et remplir. 

“La musique techno a changé ma vie”

Au delà de ça, c’est très important pour moi d’avoir une ligne de conduite, respecter les autres, se respecter soi-même et cette culture qui m’a tout offert. Cette musique a tout simplement changé ma vie, elle a beaucoup de valeur à mes yeux et il n’est pas question de trahir mes principes pour un peu plus de succès. 

Quelle est la ligne directrice de Construct Reform ? Le label est toujours en pause ?

Oui, il l’est depuis  un moment. J’ai besoin de réfléchir à un nouveau projet, j’ai l’impression d’avoir dit ce que j’avais à dire. J’ai eu beaucoup de chance de collaborer avec des artistes à leurs débuts, Antigone, Voiski, Birth of Frequency et plus tard avec d’autres comme Jonas Kopp, Dimi Angelis, Johannes Volk ou bien Fareed. C’était une époque intense et pleines d’émotions et de partage.

C’était quelque chose de très fort et de familial. Aujourd’hui chacun a suivi sa route avec beaucoup de réussite et parfois la vie fait que les choses doivent s’arrêter. Construct Re-Form ne peut continuer que dans cette optique familiale, je préfère donc commencer une nouvelle aventure, essayer de découvrir de nouveaux artistes et rebâtir quelque chose de différent. Après ça n’est qu’une période, il est possible que je reprenne les sorties plus tard mais pour le moment je n’en sais rien. 

Et tes prochaines sorties d’un point de vue perso ? 

Après avoir eu beaucoup de difficultés pour retrouver un vrai rythme de travail au studio pendant les deux dernières années, je suis enfin de nouveau très productif. J’ai beaucoup joué pendant trois ans et je dois dire que cela m’a épuisé et que je n’avais plus d’énergie pour composer. Du coup je me suis un peu plus retrouvé et j’ai beaucoup de sorties prévues. Je viens de terminer deux remixes pour Donor sur le label Diffuse Reality.

« Kern Space Adventures » est un side project pour jouer plus varié

J’attend également les master de mon Ep sur Thema le label New Yorkais de Lenny Posso. Je vais ensuite attaquer un maxi pour Rhythm Büro, un très bon label de Kiev. J’ai également des tracks à faire pour un nouveau label français basé à Marseille, Sotor, dirigé par les amis de Paradox. J’ai également commencé à envoyer des tracks au label Belge Token et j’ai projet d’envoyer de la musique à Pole Group qui sont des amis de longue date. Après tout ça, je vais commencer à bosser sur mon premier album pour une sortie en 2020. Il y aura certainement quelques remix et various Artists entre temps. 

Comment qualifier le style Zadig ? 

Ah … Pas évident comme question. J’aime tellement jouer différents type de musique et parfois mélanger des choses qui à priori n’ont rien à voir que parfois ça a pu déstabiliser les gens. La plupart du temps je suis booké dans des soirées pure Techno et quand tu commences à balancer des trucs anglais breakés ou un truc plus Acid House ça peut vite amener une certaine incompréhension sur le dance floor. J’ai toujours acheté de tout, depuis le début et c’est très difficile pour moi de ne jouer que de la techno. La scène techno est un peu super centrée parfois et j’ai du coup un petit side project pour jouer plus varié « Kern Space Adventures ».

Les effets que produisent les tracks de Voiski sur une salle sont hallucinants

Je ne joue pas beaucoup sous cet alias pour le moment mais je compte le développer et voir même sortir un album. Pour répondre finalement à la question, quand je joue Techno j’aime vraiment jouer sur des grosses phases hypnotiques et à un moment casser ce tunnel pour réveiller et repartir. J’essaie toujours de raconter quelque chose, une histoire non linéaire avec des virages et des changements de direction. Le tout reste assez fluide malgré tout. 

Tout est dans la façon d’amener des choses et de les mélanger. C’est très difficile à décrire avec des mots. Après ça dépend toujours du contexte, tu ne vas pas jouer de la même façon dans un petits club intimiste et sur un main stage dans festival. 

On t’a définit comme « le visage humain de la techno ». As-tu une relation particulière avec les artistes qui signent sur ton label ? 

Je ne savais pas qu’on disait ça de moi mais c’est très flatteur pour moi. C’est exactement ce que je défend. Alors oui je peux dire que j’ai une relation particulière avec tous les artistes que j’ai signé. Ca ne veut pas dire qu’on se voit tout le temps et qu’on se téléphone tous les jours mais j’ai trouvé en chacun d’eux une petite part de moi même. Je pense que nous avons tous des valeurs humaines communes. Je ne pourrai pas travailler avec quelqu’un qui ne partage pas certaines notions sociales, ça serait viscéralement impossible de défendre un projet si je n’adhère pas l’être humain qui est derrière. 

Comment un artiste et patron de label gère sa communication aujourd’hui avec Internet et les réseaux sociaux ? 

Je pense que pour la majorité d’entre nous c’est fait maison, avec les moyens du bord. (Je ne parle pas des poids lourds qui travaillent certainement avec des Community managers etc). Pour les réseaux sociaux je me débrouille tout seul, je prend parfois quelques idées que me donnent des amis mais j’essaie de faire quelque chose de simple et qui me correspond, garder une certaine proximité avec les gens.

Je poste essentiellement des trucs de studio, de machines etc, je pense que les gens qui me suivent se fichent bien de ce que je mange ou de voir quelle tête j’ai quand je dors, même si parfois c’est cool de montrer des choses un peu plus légères et de déconner.

Avec les réseaux sociaux, l’image devient plus importante que le contenu

Mais globalement je ne me force pas à coller avec une tendance, c’est éphémère, une tendance efface l’autre et même si il faut bien entendu évoluer dans de nouvelles époques, il y a des basic qui seront toujours là. je suis pour la simplicité, c’est ce qui passe le mieux l’épreuve du temps.

Pour le reste, je commence à travailler avec une RP, c’est essentiel aujourd’hui, l’image devient plus importante que le contenu, la petite vidéo d’une minute plus importante que les mois passés en studio à faire de la musique. Alors je pense que la présence dans certains médias est importante pour justement mettre en valeur ce temps passé à travailler dans l’ombre et optimiser le résultat. 

On t’a souvent comparé à d’autres artistes célébres (Laurent Garnier par ex) pour tes sorties sur le label Tresor où sur Construct Reform, le label que tu as créée. Pourquoi avoir attendu autant d’années avant de te lancer dans la production ? 

Je ne savais pas non plus qu’on me comparait à Laurent Garnier, j’avais déjà lu « le Jeff Mills blanc » ce qui était plutôt sympa pour moi. A l’époque ou j’ai commencé à mixer c’était assez différent, pas d’Internet j’étais en province, aucun réseau, il y avait moins de producteurs, c’était un truc encore nouveau et peu commun. Il m’a fallu beaucoup de temps pour rencontrer des gens et puis il y a aussi que chacun suit son rythme, il n’y a pas de règles.

Je me suis vraiment sérieusement sur la production lorsque je suis arrivé à Paris et que j’ai rencontré Mathieu Berthet qui est ingénieur du son en mastering et également passionné de musique et de synthétiseurs. Il m’a donné le goût des belles machines et m’a beaucoup apporté. c’est à ce moment là que j’ai commencé à finir des morceaux et que finalement ma musique a commencé à être signée sur des labels. 

Tu as enflammé les floors des meilleurs clubs européens. Quels sont les tracks les plus marquantes que tu as joué ? Quelle track joues-tu en Peak time ? 

Spontanément le premier nom qui me vient à l’esprit c’est Voiski. L’effet que produisent ses tracks sur une salle est hallucinant. On est pourtant loin du standard Techno mais je crois qu’il y a quelque chose dans sa musique qui fédère et parle d’une certaine façon à chacun d’entre nous. Pour citer un track je vais évidemment choisir le « Ad Infinitum » que j’ai sorti sur le label. Je pense que ce track a été joué par tout le monde et a fait le tour de tous les clubs. 

Il y a aussi ce track de Josh Wink « Sprung Minimism », un truc minimaliste mais ça retourne toujours la salle. 

Un track aussi complètement fou que j’ai joué plein de fois et qui rend les gens fou « Factory Preset Improvisations » de Unbroken Dub. Un truc break complètement cinglé, je le Pitch pas mal en revanche car il est un peu lent en général.

En peak time c’est variable ça peut aller de truc old school comme le « Seawolf » de Underground Resistance, super acid et nerveux

mais ça m’arrive souvent de mettre des tracks plus hypnotiques comme « Splitting Electricity » de Mike Parker, ça crée une tension, une frustration que tu peux faire exploser plus tard.

Quelles sont tes dernières découvertes musicales ? 

J’ai eu le l’opportunité d’entendre Vil jouer au Neopop, un Dj portugais. Je connaissais un peu sa musique mais j’ai vraiment pris un bonne claque pendant son set, une techno racée, sans concession, superbement amenée et maitrisée, une des meilleures prestation que j’ai vu au festival. Il y a quelques temps je joue également un disque de Na Nich, un artiste Ukrainien membre de Rhythm Büro, ce disque tourne en boucle dans mes sets, c’est assez deep et Shamanique et j’ai hâte d’écouter une prochaine sortie. Et puis également Fedbymachines que j’ai découvert sur le label Shipwrec, pour le coup pas du tout de la musique de Peak time mais très planant, typiquement le genre de trucs que je mets dans mes podcasts plus calmes. 

Que penses-tu du festival Dream Nation et leur concept techno / hardcore sans concession ? 

Je n’y suis jamais allé je ne sors pas beaucoup en soirée quand je ne joue pas. Mais je suis super motivé et je pense que ça sera une belle soirée, j’ai un gros passé hardcore donc ça va être sympa. Ca semble être une organisation solide et j’ai en plus le plaisir de jouer avec Antoine Electric Rescue qui est un ami, ça sera une première donc c’est toujours intéressant. 

Merci pour ton temps 


Signaler une erreur.

Rejoins-nous sur Facebook !