Kontre Kulture : les news du mouvement free, rave et underground

« Contre-Kulture », qui paraîtra à chaque fin de mois, se veut une plongée dans le milieu de la contre culture, du mouvement Free, Rave, underground, au travers d’une écriture libre qui aborde ces mouvements.

Au programme de ce mois, Free Party, Psymind, Phase… 

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Free party. Crédit Vikas

Sur les hauts-parleurs de ma chambre, assez fort pour que mon esprit se perde dans la musique autant que celle-ci inonde la pièce entière, alors que je suis entrain d’écrire cette chronique, les paroles de « Raelsan » d’Orelsan scandent elles aussi l’espace autant que mon hémisphère intérieur:

« Je suis de retour avec ma sous-culture, sauf que c’est nous le futur », « On ira danser sur leurs sépultures », « Si t’as la fureur de vaincre, moi j’ai la rage de perdre ».

Orelsan

J’aime me perdre dans les paroles des autres lorsque j’écris, que la menace d’une parole trop solitaire n’empiète jamais sur la promesse d’une parole commune, ayant du moins une valeur conciliante, l’intuition du commun.

L’année 2019 s’est terminée sur une note lourde pour l’humanité, puisque désormais le futur nous est refusé. On pourrait reprendre le crédo No Future lancé par les Sex Pistols en 1977 à l’encontre du gouvernement britannique, à notre propre compte, futur qui rime désormais avec « Steve ». Il semble en tout cas qu’il nous soit refusé par notre possible disparition. Alors pourquoi écrire?

Pour maintenir encore un peu la flamme, désigner dans l’ombre les quelques lueurs qui entretiennent encore quelque chose qui pourrait s’appeler le bonheur. Pour ma part, la littérature et le mouvement free, lieux insurrectionnels, sont dotés des ces scintillements qui sont des mains tendues, des bouches d’ombres qui murmurent: « ne t’inquiètes plus, tu es libre ».

Et peut-être n’y a-t-il pas d’autres choses à faire que de tisser les rayons de cette lumière du jour, cette lumière  qui abreuve nos lèvres un matin de teuf après plusieurs heures de nuit. De tisser cette lumière entre nous, alors ma voix n’est qu’une voix répondant à une autre, qui témoigne, jamais elle ne commence ni ne se termine. Jamais et toujours commencent en accord. 

Un nouvel an en free avec le collectif Track’n Art

Pour le passage au nouvel an, le Track’nar organise une Free dans un hangar vers Lyon, censée durer 96h, repoussée en quelques heures par les gendarmes, l’événement change de lieu pour se placer sur un terrain privé vers Ambérieu. Il fait froid, le brouillard s’étend sur cet emplacement, il ne fera beau que le lendemain de notre arrivée. Nous nous garons avant le barrage de police et montons à pieds jusqu’au mur de son? C’est le froid des sentiers de montagnes, à la terre ferme, l’herbe verte, le tout plongé dans une atmosphère glacée, aux reflets gris, blanc et bleutés.

Lorsque le crépuscule annonce la levée de la nuit, des centaines d’astres trouent le ciel, parsemant la toile du soir, l’assombrissant vide céleste, de lueurs dans lesquelles notre regard se perd. La programmation est principalement Acid, mais je suis surpris par un set live de Drum and Bass, lorsque nous arrivons en début d’après-midi. Nous n’aimons que rire et danser, librement. Nous savons nous surveiller. 

D’Orelsan, le mode aléatoire de ma playlist a enchaîné sur un morceau de Psylotribe, qui était présent à une Free Party que nous organisions en octobre dernier: « Fracture sociale », dont le rythme a tout à voir avec cette fracture dont le titre parle: un rythme de révolte, des rêves hauts.  L’écrivant ici, je me déclare en guerre totale, de par les mots. Nous sommes la voix de la vie qui s’affirme, le murmure des âges, et c’est vers vous vous que la vague va déferler. 

Marseille, Docks des Sud : la soirée Psymind

À Marseille, le 18 janvier, avait lieu la Psymind, aux Docks des Sud. Avis à ceux qui chercheraient à se faire plaisir en soirée intérieure, vous devriez vous tourner vers cet événement. Sur le plan de la sécurité, ils font leur travail sans abus et dans le respect des lois et du public, à l’entrée des Docks, et montrent peu de présence (pesante) lors de l’événement. Tout le public pouvait profiter du lieu, pensé pour accueillir du monde convenablement (avec un étage avec banquettes), et fumer à l’intérieur, devant les scènes sans se faire réprimer violemment.

Le monde de la musique, et celui de la musique tekno, trance et bass music, est porteur des messages de légalisation, et il agréable que les organisateurs de cet événement (mais c’est la même chose pour la Get in Step à Paris) ne donnent pas des directives répressives envers les consommateurs (c’est-à-dire leur public) venus écouter de la musique. De très bons passages de Earthworm, Captain Hook, Smooth Criminal et OddWave, et les projections holographiques de The Hybrid Project, entre la fosse et le DJ, qui dévoilent une nouvelle exploitation de la projection et du V-J lors de festivals et soirées.

Les organisateurs de soirées, devraient prendre exemple sur cet accueil du public. La Psymind me laisse une impression de partage et d’ambiance commune entre les êtres – surement liée tout de même à l’engagement du mouvement Trance -, qui rassure sur la pensée des soirées en intérieur payantes. Espérons que leur soirée Synergy, deuxième édition, organisée avec Exoria à Lyon en février, tiendra cette ligne. Nous en reparlerons.

Lyon : Open Bass sur la Péniche Loupika.

Le 24 janvier, Phase a proposé au Ninkasi à Lyon une soirée Dubstep et DNB (GRAVE) où l’on pouvait écouter un très bon set de Samplifire, qui me semble évoluer vers une approche de la dubstep psychédélique, aux côtés de MVRDA. The Freaks, quant à eux, s’ils ont sorti un bon ep ode deux morceaux, nous ont habitué à mieux lors des soirées Open Pass sur la Péniche Loupika.

« Je danse tous les soirs, après m’être échappée de la maison en loucedée. J’aurais pu prendre la main de Fritz sur le dance floor, lui montrer comment onduler en rythme, lever les bras, tournoyer, toujours danser les yeux fermés, s’abandonner. Lui dire qu’on danse seul, que personne ne vous mène, personne ne vous guide. Que c’est entre son corps et soi, l’emplir de musique, de rythme, de vagues, de scintillements jusqu’au bout des orteils. » 

Cependant, pour une soirée payante à vingt euros l’entrée, et si on peut tout de même approcher cet événement de l’EZ, pour écouter de la Dubstep ou de la Drum and Bass, des événements similaires dans d’autres villes proposent des concepts bien plus complets, musicalement. Mais aussi des events dans lequel les organisateurs veulent que le public se sente le plus à l’aise possible.

Vous pouvez écouter de la musique, mais ils est évident, et cela après avoir eu des conversations avec les organisateurs, qu’ils ne portent que peu d’attention à l’accueil de leur public. Vous payerez votre place à un tarif élevé, et vous serez mis en face de vigiles et d’une sécurité privée ne respectant pas la loi et avec un comportement souvent violent ou abusif.

À Paris, aux soirées Propulsion (la prochaine se déroulant le 22 février avec Atliens, Krimer, Graphyt, Fox Stevenson, et on pouvait avoir sa place pour 16 euros à l’ouverture de la billetterie) et la Get In Step, vous pourrez profiter d’une réelle expérimentation de ce genre musical. Il est regrettable que PHASE ne prenne pas compte de ces dérives sécuritaire au sein de leurs propres soirées, d’autant que c’est un collectif jeune et en progression, cela devrait normalement les toucher. Ce qui a sauvé la soirée est sans doute le collectif Visual DNB qui propose à Lyon des scénographies et V-J de bonne qualité, dont fait parti Élio Loebell, dont je vous recommande le travail, à consulter en cliquant sur ce lien.

« À vingt-cinq ans, j’ai rencontré Johan dans une rave. J’ai flash sur ces yeux en amande, ses cheveux bouclés. En rentrant au petit matin, par les rues, en descente d’ecsta, encore assourdis par les BPM, nous nous sommes pris la ma-in. Le premier regard que nous partageons est sans retour. C’est l’amour, pas fou, irrationnel et blessant, non, c’est l’amour bienveillant, partagé, alerte, doux. Nous faisons la fête, nous n’aimons que rigoler, danser. »

Ayant Telegram sur mon téléphone, connecté à plusieurs groupes d’info de Free Party en France et en Europe, je peux vous assurer qu’on peut comptabiliser jusqu’à plusieurs dizaines d’infos par jour, et c’est encore loin de la réalité. C’est un mouvement qui se fait dans le silence, loin du bruit immense des villes où règne le vacarme.

Au sein de ce silence, dans un secret commun, des centaines de personnes se réunissent pour danser, s’amuser, s’enivrer, et c’est cette ascension vers un bonheur simple, rassurant, sans artifice, protecteur qui nous est interdit. Il nous est interdit de danser, mais seulement parce qu’on danse seul, rien que nous, que personne ne nous guide à part cela: danser, l’oeil ouvert sur le vaste espace qui s’ouvre devant nous, pour toujours devant le monde devant nous. Il ne fallait pas manquer ce mois-ci la Karak/Sens Inverse/Waktp du weekend du 13 janvier et la Banajah SoundSystem « Dub to, Acid » du 25 janvier. 

La musique s’est arrêtée. La rue, dehors, est calme, et la lumière d’hiver l’inonde, reflétant sa pâleur dans ma chambre. Il me semble que si j’écris, c’est que je n’écris rien sans nous, rien qui ne soit guider par notre souffle, pour cette lumière, à la lumière d’hiver. Nil sine Nobis, « rien sans sous », ainsi se termine l’oeuvre de la jeune auteure Georgina Tacou, sortie début janvier chez Gallimard, Évangile des Égarés, dont je ne vous dis rien de plus qu’en vous transmettant ces paroles simples, puisqu’issues d’un terrible combat, douces, puisqu’en elles rayonne la lumière sur fond de désastre:

« Je me souviens des premières fois. Des racines blanches du petit saule que j’ai mis en terre, à la mort de ma soeur, quand j’avais vingt ans, que je plantais pour que quelque chose survive d’elle, le trou difficile à creuser dans la terre gelée de novembre, dans un jardin en Normandie. (…) Et les premières fois qu’on souhaite être les dernières – et qui ne le sont pas -, les morts, leurs visages bien étranges qui ne souhaitent pas qu’on les regarde. Les douleurs, l’abandon, les solitudes qui pulvérisent. (…) Les premières fois qui reviennent à l’infini, celle de la nature, des plantes et fleurs qui consolent de tout, le bulbe qui chaque année ressort de terre avec de nouvelles couleurs (…). Et puis le jour viendra où notre première dernière fois – et l’unique – sera notre mort. »

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