Parvati : rencontre avec la street artist

Parvati Facebook Cover street art
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Parvati nait en 1986 d’un père indien et d’une mère française, et grandit au cœur d’une communauté hippie cultivant des citrons verts dans la forêt Amazonienne. Elle se consacre à plein temps à la peinture depuis 2014, mais dessine depuis l’enfance . Elle intègre le collectif Atelier Larue, un groupe de street artists et réalise ses premiers collages en 2015. Depuis, elle est représentée par l’association Superposition, vous pourrez d’ailleurs la rencontrer lors du festival Collisions Urbaines à Lyon.

Parvati street art

Salut Parvati : tu peux te présenter, ton parcours, d’où vient ton nom ?

Je m’appelle Parvati, je suis artiste peintre, et plus spécifiquement street artiste. Mon père était indien et ma mère est française. Parvati est mon deuxième prénom, c’est un prénom courant en Inde et c’est aussi le nom de la déesse représentant le principe féminin sacré, le « shakti ». J’ai grandit en Guyane française et j’ai commencé à dessiner dès petite. Je n’ai pas fait d’études d’art mais j’ai eu des cours de dessin académique quand j’était gamine, avec une super prof. Et puis j’ai pas mal arpenté les musées, les peintures de la renaissance m’ont toujours fascinées.

En Guyane, j’étais dans une communauté hippie. Nous n’avions pas l’eau, pas l’électricité.

Tu peux nous parler de la communauté dans laquelle tu as vécu ?

En Guyane, j’étais dans une communauté hippie. Nous n’avions pas l’eau, pas l’électricité. On se baignait dans une crique au milieu de la jungle et on s’éclairait à la bougie. On se doute que les soirées ne se passaient pas devant la télé ! J’ai été bercée à la bossa nova et au blues que jouait mon père et la journée je courais pieds nus sur la terre rouge entre les lianes.

Depuis 1 an et demi, je peins des humains à têtes d’oiseaux (…) ils font un parallèle entre oiseaux migrateurs et migrants.

Ma mère était horticultrice, j’observais les fleurs et les feuilles aux formes et aux couleurs dingues. On vivait joyeusement au rythme de la forêt. Bien sûr, ça a développé chez moi un lien très fort avec la nature. Face à l’Amazonie on ne peut que se sentir humble. La présence végétale dans mon travail est un écho à cela. J’ai dans les veines autant de sève que de sang !

Parle-nous de ton projet actuel ?

Depuis 1 an et demi, je peins des humains à têtes d’oiseaux. Cela est arrivé comme une évidence après une période de doute sur mon travail antérieur. Au premier coup de pinceau, du premier oiseau, j’ai su que c’était dans cette direction qu’il fallait que j’aille. Pour moi ces oiseaux, à échelle humaine, collés dans la rue, font un parallèle entre oiseaux migrateurs et migrants.

En les plaçant comme passants parmi les passants dans l’espace urbain, je leur offre une place symbolique dans notre société. J’avais depuis longtemps envie d’évoquer ces questions de migrations d’hommes et de femmes. Le non accueil qui leur est fait est une honte pour l’humanité. Mais je ne voulais pas le faire par un angle triste ou moralisateur. Notre quotidien est déjà truffé d’informations anxiogènes. La poésie, l’onirisme, l’humour, sont pour moi des actes militants.

Tu es plutôt galerie ou street ?

Je suis clairement plutôt street ! Pour le public, la rue c’est gratuit, accessible, il n’y a pas besoin de s’y connaître en quoi que ce soit pour être touché par une oeuvre. Le street art, c’est aussi sans convocation et ça c’est magique : tomber sans s’y attendre sur un collage ou un graff qui nous bouleverse, c’est une sensation vraiment ouf. Pour moi, la gestuelle de peindre à grande échelle c’est grisant. C’est une chorégraphie, tout le corps participe. Et puis j’aime les murs, j’aime les toucher, imaginer leur histoire, les gens qu’ils ont vu passer, ceux qui les ont construits, ce qu’ils racontent de l’humanité.

Parvati Facebook Cover street art
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Ceci dit, j’ai la chance de collaborer avec une galerie incroyable (Superposition, Lyon) qui me permet d’avoir une démarche d’atelier qui n’a pas de réelle frontière avec la rue. Déjà parce que leurs expos ne sont pas guindées (il n’y a rien que je déteste tant), et aussi parce qu’avec eux je fais autant de murs que de toiles.

Tu peux nous en dire plus sur ton collectif ?

On a créé le Collectif Nâga à Chalon-sur-Saône il y a 1 an avec une poignée de copains artistes autour d’un lieu du même nom, mais en réalité le collectif et le lieu existaient déjà. Ca s’appelait l’Atelier Larue et ça existait depuis 7 ans. Les artistes qui l’avait créé, CHIM et ZA, sont ceux qui m’ont initié au street art. Ils avaient envie d’autres aventures, de voyager, mais aussi de pouvoir conserver leur nom pour une asso donc on a juste repris le lieu et trouvé un nouveau nom. C’est un endroit qui fait vivre la culture underground, on y accueille le public pour des expos, des fresques, des concerts acoustiques. Avec cette bande d’artistes ont collabore, on peint sur des murs, on expérimente, on essaie d’imaginer une culture libre de tout cloisonnement. Le lieu est atypique, c’est un ancien grenier industriel. Et c’est aussi mon atelier.

Quel est ton lien avec Superposition ?

Superposition et moi travaillons ensemble depuis 2 ans. Ils font un super boulot de mise en réseau avec d’autres artistes, une vraie famille s’est créée autour de la galerie. Ils nous mettent en lumière sur des temps forts comme le festival Urban Art Jungle ou One Shot en novembre dernier. Ils font aussi office d’agence pour nous proposer régulièrement des fresques pour des prestataires extérieurs. L’équipe prend le temps de nous connaître, de comprendre nos aspirations et de nous conseiller dans nos réflexions.

D’ailleurs les expos passées avec Superposition ont toutes eu des retombées concrètes pour moi grâce à de nouveaux contacts, des invitations sur des festivals, etc.

Qu’y a-t-il dans ton agenda ?

Mon agenda pour les mois prochains est bien rempli : A Collisions Urbaines fin avril je ferai un live painting autour de la danse, déclinaison de la fresque que je présente à mon expo solo toujours en cours, sur laquelle je représente Ahmad Joudeh, un danseur syrien qui a dansé dans les ruines issues de la guerre.

Sera également présentée une de mes peintures récentes. Je ferai également un live painting, participatif cette fois, à Chalon-sur-Saône pour le festival Origin’art début mai. J’exposerai courant mai au Lavo’Matik à Paris pour les Murs Ouverts, ainsi que pour le festival Métamorphe, également avec Superposition à Lyon. Ensuite je pars en résidence à Barcelone pendant 2 semaines en compagnie de l’artiste Mani (alerte spoiler, une collab est en approche! ). En juin, une expo collective au Nâga et la participation à un projet caritatif pour le Secours Populaire. Après ça, je prendrai quelques semaines de vacances bien méritées !

Comment aimes-tu travailler ?

Pour préparer mes collages, je pars toujours d’une photo qui me sert de référence quand je peins. Je fais poser des modèles, j’ai toute une bande de potes qui se prêtent au jeu (merci à eux !). Parfois j’ai une idée de la pose, parfois c’est eux, parfois on improvise. Souvent le ou la modèle choisit son oiseau. S’ensuit la phase de peinture en atelier, sur papier kraft. J’utlise de l’encre de chine et de la peinture. J’ai bossé des années avec de la peinture acrylique, mais ce n’était plus en accord avec mes convictions écologistes. J’utilise donc depuis peu de la peinture à base de caséïne, fabriquée à base de lait, totalement biodégradable.

Je peins généralement de nuit, en longues sessions. Les végétaux viennent à la fin, je ne sais jamais où il vont pousser sur le corps avant que celui-ci n’existe sur le papier. Une vingtaine d’heure plus tard, parfois plus, un migrateur est né. Je le découpe (c’est parfois long, les végétaux deviennent de la dentelle de papier !) puis je le range avec mon matériel de collage. Je fabrique ma colle à base de farine, elle aussi est écologique. Ensuite je trouve un lieu. Il est très rare que je prévoie un collage pour un endroit précis. J’aime partir à la recherche du lieu parfait avec mon migrateur sous le bras, trouver l’endroit où il viendra se poser tel un oiseau sur sa branche.

D’autres collab sont prévues ?

En effet il y a d’autres collab de prévues (au moins 5 !) mais je préfère garder la surprise. Je ne le réalise qu’à l’instant et c’est un hasard mais la plupart de ces collab se feront avec des artistes femmes. J’en suis ravie, les femmes ont du mal à se faire connaître dans le milieu artistique, alors qu’elle sont majoritaires dans les écoles d’art… Mais les choses bougent, et dans le bon sens ! De plus le milieu de l’art urbain est hyper ouvert, chacun y a sa place de manière égale.

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