Rencontre avec le lyonnais 2080, adepte de la chiptune

2080 vit entre l’Europe et le Japon. Producteur de musiques electro / chiptune à base de synthé vintage, il est aussi un gros fan de Megadrive !

Comment décrirais-tu ton projet ?

2080 est né de la volonté de partager une culture et une esthétique qui prend ses racines dans le jeu vidéo, la demo scene et les arts numériques au sens plus large. C’est une exploration d’une certaine poésie, là où on ne l’attend pas forcément, dans les oeuvres qu’on commence tout juste à qualifier d’artistique que sont les jeux vidéo. C’est aussi une rencontre avec la musique électronique qui a baigné mon enfance, avec les synthétiseurs de Jean Michel Jarre, les boucles de Kraftwerk, et les gimmicks Italo disco, new wave, puis techno et rave.

Je me fais plaisir autant que je me mets en danger

Quelles sont tes dernières actus ?

En ce moment, je travaille sur mon album, et c’est un travail de longue haleine, car c’est le cas depuis près de deux ans. Mais plus immédiatement, je suis sur une bande son pour un nouveau documentaire de Rockyrama sur une saga de film de science-fiction connue, et je me fais plaisir autant que je me mets en danger. J’ai aussi accumulé beaucoup de choses et d’expériences au cours de mes derniers voyages au Japon, et je compte bien les sortir au fur et à mesure. 

Ton univers, ce sont les jeux vidéo, la ginger beer et les animés ?

On peut clairement parler de ces choses là comme une bonne part de mon univers, mais beaucoup de choses me nourrissent, autant dans la culture pop que dans l’art contemporain. J’adore les films de Godzilla, et j’ai vu les trente trois films. J’ai aussi une petite collection de sneakers avec principalement des Reebok Pump, et je suis un énorme fan de Lynch et de Kubrick. Je peux être autant inspiré par une installation de Joanie Lemercier que par les photos de Julie Watai. La musique d’Orbital m’apporte autant que celle de Philippe Glass ou Merzbow, mais le jeu vidéo à une bonne part dans la manière dont je me suis construit et je reviens toujours y puiser des idées.

Beaucoup de choses me nourrissent, autant dans la culture pop que dans l’art contemporain

D’ailleurs, y-a-t-il  une console de jeux que tu n’as pas chez toi ? Quels jeux squattes-tu le plus ?

C’est vrai que j’ai déjà pas mal de consoles chez moi ; parmi celles qui me manquent, je dirais la 3DO, l’Amiga CD32, ou la Pipin de Apple, mais elles n’ont pas un grand intérêt ludique, je ne les cherche pas vraiment. Si je devais en trouver une satisfaisante, je dirais la Wondermega de Sega, qui combinait la Megadrive et le Mega CD.

T’es plutôt 16 bits, 64 ou 128 ?

Je joue à toutes les générations de consoles, mais je reste très attaché à l’ère 8/16 bits.

Tu kiffes l’univers de Eric Chahi  ?

Ce que j’adore chez Éric Chahi, c’est l’intuition qu’il a eu qu’un jeu pouvait s’affranchir d’un score, d’une barre de vie, d’un inventaire, toutes ces choses qui te rappellent que tu es dans un jeu. Quand tu veux raconter une histoire, tu t’en fous que la pomme te rapporte cent points. Dans Another World, la problématique centrale a été de raconter une histoire, une ambiance, un mood.

Réconcilier l’univers profondément nerd, de la chiptune avec l’univers léger de la pop et de la dance 

Et c’est cette problématique qui l’a conduit à choisir des graphismes vectoriels qui prennent beaucoup moins de place que du pixel art classique pour pouvoir faire en sorte que ses incroyables scènes cinématographiques tiennent sur deux disquettes. Pour moi, cette démarche est une démarche d’artiste qui assume son statut et qui a donné au médium jeu vidéo une dimension qui n’était encore que latente.

Comment définirais-tu l’ElectroChipDiscoPop ? Est-ce le courant qui te définirais le mieux ?

C’est une synthèse de ce que je tends à faire. Réconcilier un univers profondément nerd, celui de la chiptune (le fait de faire des musiques avec des consoles ou des ordinateurs que l’on peut considérer comme obsolètes), avec celui plus léger de la pop, de la chanson et de la dance. Je dirais que c’est ce que je cherche a faire avec ce projet.

Quelle est ta dernière découverte musicale ?

Je suis tombé sur cet album incroyable de Yasuaki Shimizu, « Kakashi » qui date de 1982, qui navigue entre expérimentations pop jazz et électroniques, avec un peu de musique répétitive. Complètement intemporel et d’une intelligence rare. 

Ton dernier concert cool (dans le public) ?

J’ai pu voir en novembre dernier la release party de Django, le premier album d’un homme légendaire, Hirokazu « Chip » Tanaka. Le mec a conçu la puce son de la nintendo NES et de la Gameboy, c’est le parrain de la chiptune et le compositeur de bandes son de jeux légendaires comme Metroïd ou Earthbound.

On est en droit de s’attendre à de la chiptune pure et dure de la part d’un homme de soixante ans qui a crée tous les codes du genre, mais pas du tout ! C’est un mélange d’IDM à la Mouse On Mars, avec des accents dancefloor. Bien entendu, on entend les sons caractéristiques des consoles, mais tout est assemblé avec élégance et logique.

Tu te souviens du premier son que tu as produit ? Ça ressemblait à quoi ?

Les tous premiers sons que j’ai « composés » étaient des expériences de programmation en langage BASIC sur mon Amstrad. C’était des lignes mélodiques monophoniques sans doute pas très inspirées, que j’enregistrais sur disquette.

Le Japon, c’est le pays qui t’inspire le plus ?

C’est un pays où je me sens vraiment bien. En paix avec moi même, d’abord parce que c’est un endroit très doux, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l’élégance de Tokyo, le charme qui s’en dégage m’apaise, mais aussi la vivacité de la scène artistique et la profondeur de ses obsessions. C’est un endroit où vivent beaucoup de paradoxes et c’est là où je me sens à l’aise, dans la rencontre de ce qui est à priori inconciliable.

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