Kontre Kulture #2 : Fragments à propos de la Free 

Chaque mois, vous avez RDV avec l’actualité de la Culture Free en Rhône-Alpes. Ce deuxième volume, publié en retard pour cause d’épidémie de coronavirus, fait une nouvelle fois l’apologie de la vie et de la fête. Chronique par Thibault Ulysse Comte, qui donne son avis sur l’actualité et la contre culture. Tantôt dur, tantôt réaliste. Une manière de voir les choses à contre courant.

Par Thibault Ulysse Comte , (mes propos n’engagent que moi).

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Danser à la maison Photo par Baptiste MG sur Unsplash

Nous vivons une époque trouble où le désastre peut survenir du jour au lendemain. Ce virus qui se propage a le couleur du désastre, il en est un premier reflet. Mais nous avons décidé, tout cas à quelques-uns, de garder l’étoile au front et d’avancer, de jouir de cette vie et de proposer des lieux, des événements libres où se rencontrer et danser ensemble. 

Nous savons désormais qu’aucun retour à la normal n’est possible, notre « normalité » ne reviendra pas. Éradiquer le virus, c’est éradiquer notre mode de vie, nos gouvernements, la société capitaliste, la société telle que nous la connaissons tout court. L’épidémie, comme tout trauma, laissera des traces. Nous devrons réapprendre à vivre à la suite de ce virus, sans peur, sans discrimination.

La Free Party, tout comme la littérature ou les arts, seront des lieux de ralliements, de partage, de liberté pour les hommes sortis du confinement. Regardez la manière dont la nature reprend ses droits où nous cessons nos activités économiques destructrices. Écoutez les oiseaux dans les rues par vos fenêtres tant que les voitures n’ont pas rempli à nouveau les villes de leurs vombrissements.

La nature nous fait toucher du doigt ce que nous sommes entrain de perdre à jamais. Elle nous montre aussi notre fragilité de constitution, à jamais ces marcheurs que Giacometti a sculpté, prêt à s’effondrer. Il faut que nous gardions l’étoile au front. L’après épidémie sonnera l’éveil de l’aube pour notre monde.

Avant le confinement, une free party au plus près des étoiles

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Près de Lamure-sur-Azergues, nous remontons par des chemins et des sentiers dans les forêts de pins qui s’élèvent pour entrer en contact avec l’étendue du ciel. C’est là que nous installons le matériel, les caissons de bois construit par P. et K., au bord d’un chemin, à la juste limite d’une petite falaise. Il fait nuit, aucune lumière parasite, si ce n’est les nôtres pour nous éclairer, ne vient gêner la distance qui nous sépare – nous et nos yeux – de l’éclat des astres.

Des scintillements qui se font face. Nous avons fait cela secrètement, sans autorisation, nous devions être un peu plus qu’une dizaine. Nous dansions dans l’onde des basses – moi auprès d’elle, que dire de plus ? -, la pâle lueur astrale pénétrant l’espace entre les branches et la fraicheur d’un hiver qui se fait sentir en avance, à cette hauteur. Il s’est ouvert, entre nous et le monde, quelque chose d’heureux, indicible, mais communicable. Oserai-je dire de sacré ? Comme si nous étions plus proche de nous-mêmes et de chacun de nous, plus proche de ce lieu et de cet espace soudain sans limite, sans appartenance. Une fête libre. 

Puis, le levé du Soleil. l’Aube jaillissante, et nous qui dansions pour elle – rituel de la lumière au sein duquel, je dansais pour elle. La cime des pins s’enflammant dans ce pur embrasement de la lumière, comme un feu, léger, calme. On dirait la flamme d’un brasier qui va s’éteindre, c’est pourtant l’aube naissante.

Nous n’aimons que ça, danser, rire, vivre.

Il semble que les dieux se soient retirés, plus de temples, plus de sacré, mais le divin n’a pas disparu. Pour moi, en ce lieu, il m’apparaît plus présent. Et si nous dressons des façades sonores, sous le regard des pins et des astres ; et si j’écris ces lignes, trop longues pour ce jaillissement, n’est-ce pas pour révéler ces merveilles, ce couronnement des choses, pour adresser en dansant nos prières aux divinités que sont ces pins, ces monts et ces étoiles ? Ces dieux en nous-mêmes. 

Il suffit d’aller au plus près des choses, d’accéder aux choses qui sont les plus proches, pour se faire à l’idée de l’immensité, de l’aspect changeant et progressif de notre monde, pour aimer infiniment. Et j’aime autant que je l’aime. Une fois cela, peut-être aurons-nous moins de mal à nous accepter avec nos failles et nos défauts, nos merveilles et nos espoirs ?

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Une ode à la vie

Ça commence comme ça, tu sais pas vraiment de quelle manière, ni d’où ça vient. Ça surgit, ça frappe, ça tranche comme une évidence, mais il ne reste rien pour prendre pleinement conscience de son origine. Ça frappe de derrière, par devant, de derrière le mur de son en face, ça vient d’un fou rire entre amis, d’une lente ascension trouvant ses racines dans des affinités électives qui deviennent créatrices. Ça enveloppe. Ça frappe derrière le mur de son, et ça tape sur le sol au même rythme, toujours le sourire aux lèvres.

Nous n’aimons que ça, danser, rire, vivre. Et nos rêves hauts résonnent souvent dans les cris de la révolte. D’un côté les SoundSystems souhaitent se développer, pouvoir continuer à poser des Free Party (de manière illégale ou légale), mais d’un autre côté les lois adoptées et la politique répressive à l’encontre de ces mouvements ne semblent pas aller dans le sens d’une reconnaissance.

Les forces de l’ordre ont félicité les organisateurs d’une Free Party

Pourtant, le weekend du 22 février 2020, les forces de l’ordre ont félicité les organisateurs d’une Free Party organisée à Saint-Romain-le-Noble (source : SudOuest.fr), tandis qu’en Bretagne un organisateur breton était condamné à quatre mois de prison ferme et 1000 euros d’amende, décision à laquelle il compte faire appel (source: Trax Magazine). Le texte adopté par le Sénat le mardi 23 octobre prévoit jusqu’à 400 heures de travaux d’intérêt général et 3750 euros d’amende, il doit encore être ratifié et voté par l’Assemblée nationale.

Il se justifierait par le fait que les organisateurs, ayant de l’argent pour se payer des équipements coûteux, ils devraient en avoir pour régler les amendes encourues. Cette proposition de loi est un méconnaissance du mouvement qui veut faire avec les moyens du bord, même si cela peut être très bien organisée (de manière personnelle ou en lien avec les collectivités).

La plupart des organisateurs de Free Party sont étudiants ou salariés au SMIC et ne se procurent du matériel que dans le sens d’une passion et d’un partage, pour des soirées souvent gratuites ou avec une donation ou un PAF plus que raisonnable. La liberté fait peur, les personnes libres leur font peur.

Intégrer l’écologie et le respect de l’environnment

Si nous devions émettre une réserve, il faudrait que le public et les organisateurs intègrent l’écologie et la préservation de l’environnement à l’organisation de leurs événements. Le SolarSoundSystem est un des pionniers en la matière, fonctionnant complètement aux énergies renouvelables, mais on peut aussi évoquer les Pikip Solar Speakers de Julien Feuillet, un sound-system tout en un alimenté à l’énergie solaire; ou encore Banajah SoundSystem dont la génératrice fonctionne à l’huile pour friteuse.

Le mouvement Free représente aujourd’hui un milieu de révolte envers des politiques répressives et en pleine progression en ce qui concerne les nouveautés musicales, artistiques et alternatives écologiques étonnantes. À titre d’exemple, un multi-son organisée du 6 au 8 mars 2020 « Multison Inter Régions résistance sonore », de quatre façades, (réunissant des sound-systems de quatre régions: BTO, Neuroxide, D-Tek, indiscret, knette, korozif, nordik, polypheme, totematek, kataklism, BR, FTS, ninjatek, nrvax, veskor, 1toxike, collectif le 449) pose clairement le décor dans leur info, dont je ne partage rien d’autre que ces phrases, vous comprenez pourquoi…

« Nous dénonçons les violences policières et le climat de répression généralisée à travers cet événement. Nous renons également à rendre hommage à Steve. La mobilisation oit être dans précédent pour montrer la force de notre mouvement. Autogéestion est le maître mot de l’événement. Soyez responsables.

(…)

 » ANTI FASCISTE / ANTI SEXISTE / ANTI-CAPITALISTE / ANTI-CARCÉRALE / POUR LES DROITS DES LGBTQ+ ET TOUTE.S LES OPPRIMÉ.E.S / PAS DE FRONTIÈRES / PAS D’ÉTATS / RESPECT POUR TOU.TE.S  »  

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Revue des derniers évènements en lien avec la free sur Lyon et sa région

Plusieurs événements ce mois-ci méritaient d’être mis en avant. Tout d’abord le Synergie, dont je vous parlais dans la précédente chronique, au Double Mixte à Lyon, organisé par Exoria et la Psymind, où l’on pouvait profiter de deux scènes (avec du son qui porte, pour une fois, dans une soirée en intérieur).

Le Narkotek Crew et Miltatek ont terminé la soirée sur des sonorités Core et Acid qui ont dans leur mouvance toute la liberté sauvage que le mouvement Free a apporté à la musique. Et toujours, cela est à noter, un service de sécurité aimable et respectueux qui n’est pas là pour réprimer le public.

Ce qui n’était pas le cas au Ninkasi, pour une très bonne soirée cependant, le samedi 29 février, organisé par le SoundSystem ATBK qui proposait une line-up acid réjouissante (qui avait ramené son propre SoundSystem pour sonoriser la salle, étaient présents Sevenum Six, Shmirlap, Acid Wave et Akousmatt), mais dont le service de sécurité violent, répressif et présent pour humilier le public n’a pas mis la soirée en valeur.

En allant voir des artistes se produisant habituellement en Free Party et un Soundsystem, on pouvait tout de même s’attendre à être accueillis plus librement. Mais il semble que pour les soirées en intérieur et en festivals, ce soit le mouvement Trance qui accueille le plus confortablement son public. 

Face aux événements que connaît une époque, le refus semble une condition nécessaire. La crise politique, climatique, migratoire, humaine que notre monde en lambeaux est entrain de vivre nous convoque en ce refus catégorique. La prise de décision de recourir au 49.3 pour la loi sur la réforme des retraites, la consécration de meilleur réalisateur au réalisateur franco-polonais malgré des accusation de viol sont autant de sujets qui divisent aujourd’hui la société. La musique a cette capacité à pouvoir rassembler, ce que le cinéma ou la politique ne fait plus.

Le 20 févriers, 1 000 scientifiques de toutes les disciplines ont appelé, face à l’inaction des gouvernements, les citoyens à faire acte de désobéissance civile: « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire ». Après le virus, il nous faudra refuser. Refuser qu’on nous laisse mourir pour relancer l’économie, qu’on nous maltraite, qu’on nous mente, qu’on nous oblige, mais surtout pour notre bien, pour qu’on nous sauve la vie, n’est-ce pas? Après le confinement, il faudra refuser, car toute la question est là: y a-t-il une vie avant la mort?

Refuser, une rébellion nécessaire.

Après le retour du Général de Gaulle, Maurice Blanchot écrivait en 1958:

« À un certain moment, face aux événements publics, nous savons que nous devons refuser. Le refus est absolu, catégorique. Il ne discute pas, ni ne fait entendre ses raisons. C’est en quoi il est silencieux et solitaire, même lorsqu’il s’affirme, comme il le faut, au grand jour. Les hommes qui refusent et qui sont liés par la force du refus, savent qu’ils ne sont pas encore ensemble. Le temps de l’affirmation commune leur a précisément été enlevé. Ce qui leur reste, c’est l’irréductible refus, l’amitié de ce Non certain, inébranlable, rigoureux, qui les tiens unis et solidaires.

Thibault Ulysse Comte

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