RGPD, collecte de données, adverpayment : on a rencontré Marc Leprat, CEO de ViewPay

On a parlé de l’avenir de la publicité en ligne avec Marc Leprat

Contrer les adblockers, améliorer l’expérience utilisateur et valoriser le message de l’annonceur, quelles sont les motivations de Marc Leprat, cofondateur de Markelys Interactive, une start-up qui développe les solutions d’Advertpayment ViewPay. Il a accepté de répondre à nos questions.

Marc Leprat a développé ViewPay, une solution d’Advertpayment. L’adverpayment, c’est le fait de proposer à un lecteur de visionner un contenu publicitaire utile qu’il choisit afin de pouvoir débloquer un article payant. De nombreux sites d’informations, notamment la PQR, ont adopté ce système. Et ne semblent pas s’en plaindre.

Il est difficile de demander à un utilisateur de payer pour lire un article sur un site informatif. Au moment de lire un article, le lecteur a deux choix. Accepter de payer la somme demandée par le site pour débloquer ce dernier, ou accepter de visionner en entier  une publicité vidéo de son choix de 30 secondes maximum. Au lieu de dépenser de l’argent, on vous propose de payer avec votre temps, en regardant une vidéo.

Marc Leprat en 2016 après avoir levé 600 k Photo Frenchweb
Marc Leprat en 2016 après avoir levé 600 k
Photo Frenchweb

C’est de la fausse gratuité, qui arrange à la fois les annonceurs et les utilisateurs. Chose intéressante : une fois que l’utilisateur va lire un certain nombre d’articles réservés aux abonnés sur le même site, le Paywall (la page sur laquelle il devra choisir entre payer pour lire l’article ou bien regarder un contenu publicitaire) va lui proposer de s’abonner.

Marc Leprat avait jadis développé une société – Jokerly – dans l’univers des applications de jeux vidéos. Preuve qu’il sait s’adapter aux caractéristiques du marché, Jokerly est devenu ViewPay. Après plusieurs levées de fonds, la startup propose depuis plus de 2 ans une solution optimale, adapté à la demande.

Marc Leprat : « ll faut donner à l’utilisateur une occasion de comprendre le contexte économique du web »

Les médias classiques fonctionnent selon un système de flux dans lequel passe des contenus désirés et des contenus subits. Pour Marc Leprat, l’internet est différent. C’est un média à la demande où l’utilisateur ne doit pas subir la publicité. Au contraire.

Afin que le contenu soit pertinent aux yeux du prospect, on doit lui laisser le choix du contenu qu’il visionne, et ce contenu ne doit pas être intrusif. « Lorsque vous subissez une publicité intrusive sur le web, vous la supportez beaucoup moins » explique le dirigeant. « Sur le digital, on n’est pas dans un flux. La grande majorité des gens sont dans une logique de cueillette, et font un choix permanent. »

Il y a un mode de consommation très différent sur le web, la logique de cueillette. C’est aux annonceurs et aux plateformes de s’adapter et d’être réactif face à ce mode de consommation à la demande.

« Pourquoi est-ce qu’un utilisateur déclencherait un système de pub » ?

Pourquoi est-ce qu’un utilisateur déclencherait un système de pub ? 57% des anglais ne font aucune relation entre publicité et gratuité, selon un sondage IAB UK. Les internautes ne comprennent pas le modèle économique. Il faut que la publicité devienne utile, pour ne pas devenir gênante pour la personne qui lit un contenu sur le web, car c’est l’internaute qui a le pouvoir. On appelle cela empowerment, la possibilité d’avoir la main sur le contenu publicitaire.

Le RGPD, c’était une obligation

Pour Marc Leprat, travailler sur Internet et respecter les utilisateurs, ça n’est pas du tout incompatible. « On ne doit pas violer leur intimité », explique-t-il. « C’est l’internaute qui a le pouvoir ».

ViewPay Advertpayment
ViewPay Advertpayment : une solution que vous retrouvez sur bon nombre de titres de PQR

ViewPay ne collecte pas les données de ses utilisateurs à leur dépend pour les exploiter ensuite à des fins commerciales. Cette startup est RGPD « by design ». Les données de ciblage ne sont jamais conservées à l’insu des internautes. Seules sont conservées des données techniques afin d’améliorer l’expérience utilisateur, éviter la répétition des messages publicitaires.

L’interactivité de ViewPay permet de laisser son libre arbitre à l’internaute. Livré à un choix entre 3 publicités, il décide celle qui a le plus d’intérêt pour lui. Et dans certains cas, ViewPay lui pose une question pour lui livrer les publicités les plus pertinentes. Marc Leprat parle de « marketing de respect ».

ViewPay travaille également avec les wifi publics (plus de 18000 hotspots en France), des campings jusqu’aux aéroports et les hôtels afin de débloquer du temps de wifi gratuit en échange d’une publicité, mais également sur les jeux vidéos en ligne, secteur extrêmement innovant dans lequel la société a fait ses premières armes.

ViewPay a toujours eu la presse comme ligne de mire. Le jeu vidéo était leur première niche, puis ils ont investi dans le marché du wifi. Ils ont pu roder leur technologie, et avec un produit innovant et professionnel, ont investi le secteur de la presse.

ViewPay propose 2 modes de commercialisation de sa solution d’Advertpayment : elle peut aller chercher les publicités pour le compte des éditeurs de presse avec qui elle partage ses revenus publicitaires ; elle peut également mettre la technologie ViewPay contre licence à disposition des éditeurs qui se chargent de la commercialisation.

ViewPay met également à disposition leur technologie à des éditeurs qui disposent déjà d’une régie. Dans ce cas-là, l’éditeur devient client de ViewPay.

La publicité n’a pas fait sa mue digitale

Lorsque j’interroge Marc Leprat à propos de l’avenir de la publicité sur le web, sa réponse est sans équivoque. La publicité n’est pas révolutionnaire sur Internet, elle est la reproduction de ce que l’on voyait dans la presse et à la TV, un modèle classique. Peu de choses ont été inventées pour Internet.

Il y a la partie Adwords qui répond à une problématique – une vraie innovation liée à Internet.

Il est vrai que les internautes rejettent les produits publicitaires notamment via l’installation d’un bloqueur de publicité. Cependant, les budgets publicitaires sur le web augment de manière considérable. Etant donné que les internautes sont en mode cueillette, ils consomment beaucoup plus de titres de presse qu’auparavant, mais on ne peut pas s’abonner à tout. Il faut aller vers un abonnement publicitaire universel.

Le système est rémunérateur pour les éditeurs. Vendu aux annonceurs jusqu’à 5 à 6 fois plus cher que le prix des média digitaux les plus prestigieux. Marc Leprat parle d’un système vertueux. Il faut satisfaire en priorité l’internaute, mais aussi l’annonceur, celui qui finance.

Les normes publicitaires sont dictées par l’IAB, qui dit qu’une vidéo est facturable lorsqu’elle est présentée sur 50% de sa surface pendant 2 secondes. Mais pas suffisant pour que l’annonceur soit satisfait de la visibilité de sa vidéo. L’annonceur doit récupérer quelque chose à la fin. Viewpay garantit un taux de complexion à 100%. Viewpay ne facture que les vidéos publicitaires présentées sur 100% de sa surface pendant 100% de sa durée. Ce qui leur permet de facturer beaucoup plus cher puisque leurs KPI sont plus importants.

Criteo, malheureux à cause du RGPD

Selon Marc Leprat, Criteo s’est engouffré dans une brèche que le législateur vient tout juste de combler. La protection du consommateur est un vrai rôle de l’état en Europe. La publicité digitale va se transformer avec le RGPD et la prochaine régulation « ePrivacy ». ViewPay est prêt avec une offre respectueuse des internautes, annonceurs et des éditeurs. D’autres acteurs inventeront forcément d’autres modèles d’avenir. Reste à savoir lesquels.

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